Ils seront vaincus, troisième partie

… suite de Ils seront vaincus, deuxième partie

Les battements de mon coeur s’étaient accélérés. Je ne me rappelais pas la dernière fois que j’avais entendu une aussi bonne nouvelle.

— Je t’explique, dit l’homme. J’ai conçu des particules microscopiques qui émettent, dans un rayon d’une trentaine de mètres, une fréquence radioactive empoisonnée. Totalement inoffensive pour les humains, elle provoque des douleurs atroces pour n’importe quel de leurs mutants, agentes, robots, vampires, créatures, extra-terrestres, hybrides et chimères. Ils préfèreront s’enfuir, s’envoler ou se téléporter plutôt que de subir ces ondes de tortures. S’ils tentent de résister, l’énergie finira par altérer les neurotransmetteurs, les rendant dociles et inoffensifs.

— Comme le fauteuil?

— Oui. Comme le fauteuil.

— Oh. C’est génial.

— Presque génial.

L’homme se leva et s’approcha de la fenêtre. Il prit une grande inspiration et tourna le regard vers l’extérieur. Une lourdeur s’installa dans la pièce.

— Les particules ne sont pas autonomes, expliqua-t-il d’un ton grave. Elles fonctionnent grâce à l’électricité inhérente du corps humain jumelée à son acidité. Il faut donc les avaler pour les activer… ce qui pose un problème: la digestion. Une fois digérées, elles sont expulsées du corps. Des doses doivent être consommées régulièrement. Pour eux, un simple oubli de notre part devient une opportunité, et ils attendront cette erreur pour frapper. Je ne peux pas laisser n’importe qui les utiliser. C’est un processus qui demande beaucoup de rigueur et une grande discipline.

Je fuyais depuis si longtemps. Chaque journée apportait un nouvel affrontement. La lutte constante m’épuisait, m’usait. S’il existait un moyen pour les tenir à distance, je devais tenter ma chance.

— Je suis très discipliné.

— Je n’en doute pas. Je sais aussi que tu es conscient des dangers du moindre écart. Ce n’est pas ce qui m’inquiète.

Il posa son regard sur moi. Une ombre obscurcit son visage sérieux. Avaler des particules tous les jours pour qu’elles utilisent mon corps comme source d’énergie m’apparaissait pourtant si simple. Je ne voyais pas ce qui pouvait causer un problème.

— Tu as déjà été capturé. Je ne peux pas prédire avec précision les effets que les particules auront sur toi. Ton corps pourrait réagir violemment en expulsant des nano-implants ou ton esprit pourrait être perturbé par les courts-circuits d’émetteurs neurotroniques greffés à ton cervelet. Tu pourrais traverser une difficile période de purge.

— Comme vous le savez, répondis-je, j’ai déjà été capturé. J’ai subi toutes sortes de tortures. J’ai souffert physiquement et mentalement. Cette période de transition ne me fait pas peur. S’ils ne sont jamais venus à bout de moi, ce ne sont pas de simples particules qui réussiront.

— Tu es très brave. Et j’ai confiance en toi. Alors, voici le message secret à présenter à un de mes alliés au comptoir de la pharmacie d’à côté. Il te remettra tes doses de particules sous forme de comprimés.

Il me tendit un bout de papier tapissé de gribouillis.

— Ne t’en fais pas, ajouta-t-il d’une voix rassurante. C’est écrit en langage codé pour qu’ils ne puissent pas lire.

J’ai glissé la note avec précaution dans mon portefeuille, entre deux cartes pour l’isoler des caméras rayon X et détecteurs ultraviolets.

— Bon courage, Maxime. Tu verras, ta vie va changer.

Ma vie, et celle de l’humanité. Cette vision de temps nouveaux à venir procurait une chaleur en moi bien différente de n’importe quel venin atomique qu’ils m’auraient injecté. Une onde réconfortante, loin d’être radioactive, balayait mon corps de l’intérieur. Le soleil se levait dans mon coeur. Le futur flou se précisait. La conclusion devenait claire.

Ils seront vaincus.

Ils seront vaincus, deuxième partie

… suite de Ils seront vaincus, première partie

J’écoutais attentivement l’homme me raconter ses péripéties.

— J’ai appris à rester observateur même dans les moments dangereux, continua-t-il. Au comptoir de la caisse, il y avait des barres énergétiques en solde. J’ai sprinté jusqu’à la caissière, à qui j’ai lancé un billet de dix dollars, et j’en ai attrapé une au passage. Un mutant armé d’un harpon de golf s’approchait derrière moi. J’avais toutefois en ma possession quelque chose pour résister à leurs attaques. En deux bouchées, j’avais dévoré la barre. L’énergie fut instantanément déployée dans tout mon corps.

— Futé. J’aurais fait la même chose.

Son récit impressionnant ne réussissait toujours pas à me mettre en confiance. N’importe qui avec un soupçon d’imagination pouvait inventer de telles péripéties. Je ne voyais toutefois pas de danger à le laisser poursuivre.

— J’ai marché vers la sortie du magasin. Des barbelés électrozigzagotrons bloquaient l’issue. Tu sais, ceux qui sont invisibles?

— Oui. Je n’en ai heureusement jamais vu.

Ils avaient déployé un arsenal impressionnant. Si tout cela se révélait vrai, cet homme était une cible vraiment importante.

— Grâce à la sur-force que je venais de manger, j’étais temporairement bien plus résistant. J’ai donc dressé les bras devant moi et j’ai pu traverser cette dangereuse barrière sans me faire déchiqueter. J’ai réussi à fuir, mais ce bras restera marqué à jamais.

Il déboutonna la manche de sa chemise et la roula jusqu’au coude. J’étais prêt à m’éjecter de la chaise et bondir hors du bureau si ce stratagème révélait un tentacule bionique. Il tendit lentement son avant-bras vers moi. La peau lisse avait une apparence bien humaine. Aucune écaille, aucun port électronique.

— Les barbelés ont laissé cette effrayante cicatrice invisible, dit-il en rapprochant son bras encore plus.

Je ne voyais aucune trace sur la peau. J’ai penché la tête pour changer l’angle de vue, mais rien n’apparut. J’arrivais parfaitement à ne pas voir la cicatrice invisible. C’était donc vrai.

— Tu me crois maintenant?

Bien sûr que je le croyais. Une telle blessure de guerre méritait non seulement ma confiance, mais aussi de la sympathie. Après toutes ces années, je rencontrais enfin quelqu’un d’aussi futé et agile que moi. Un vrai survivant, avec qui partager astuces et expériences. Un frère qui me comprendrait.

L’émotion me serra la gorge, m’empêchant de lui répondre de vive voix. J’ai acquiescé d’un simple hochement de tête.

— Excellent. Je suis content de savoir que nous allons bien nous entendre, car j’ai un important secret à te révéler.

Son ton devint plus grave. Il déroula la manche de chemise pour couvrir la cicatrice invisible et retira ses lunettes avec minutie. Son regard sérieux plongea dans le mien. Un secret important? Des frissons s’écoulèrent de ma nuque jusqu’au bout de mes doigts.

— J’ai découvert comment faire en sorte qu’ils cessent de nous traquer.

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L’homme me racontait ses péripéties.
— J’ai appris à rester observateur même dans les moments dangereux, continua-t-il. Au comptoir de la caisse, il y avait des barres énergétiques en solde. J’ai sprinté jusqu’à la caissière, à qui j’ai lancé un billet de dix dollars, et j’en ai attrapé une au passage. Un mutant armé d’un harpon de golf s’approchait derrière moi. J’avais toutefois en ma possession quelque chose pour résister à leurs attaques. En deux bouchées, j’avais dévoré la barre. L’énergie fut instantanément déployée dans tout mon corps.
— Futé. J’aurais fait la même chose.
Son récit impressionnant ne réussissait toujours pas à me mettre en confiance. N’importe qui avec un soupçon d’imagination pouvait inventer de telles péripéties. Je ne voyais toutefois pas de danger à le laisser poursuivre.
— J’ai marché vers la sortie du magasin. Des barbelés électrozigzagotrons bloquaient l’issue. Tu sais, ceux qui sont invisibles?
— Oui. Je n’en ai heureusement jamais vu.
Ils avaient déployé un arsenal impressionnant. Si tout cela se révélait vrai, cet homme était une cible vraiment importante.
— Grâce à la sur-force que je venais de manger, j’étais temporairement bien plus résistant. J’ai donc dressé les bras devant moi et j’ai pu traverser cette dangereuse barrière sans me faire déchiqueter. J’ai réussi à fuir, mais ce bras restera marqué à jamais.
Il déboutonna la manche de sa chemise et la roula jusqu’au coude. J’étais prêt à m’éjecter de la chaise et bondir hors du bureau si ce stratagème révélait un tentacule bionique. Il tendit lentement son avant-bras vers moi. La peau lisse avait une apparence bien humaine. Aucune écaille, aucun port électronique.
— Les barbelés ont laissé cette effrayante cicatrice invisible, dit-il en rapprochant son bras encore plus.
Je ne voyais aucune trace sur la peau. J’ai penché la tête pour changer l’angle de vue, mais rien n’apparut. J’arrivais parfaitement à ne pas voir la cicatrice invisible. C’était donc vrai.
— Tu me crois maintenant?
Bien sûr que je le croyais. Une telle blessure de guerre méritait non seulement ma confiance, mais aussi de la sympathie. Après toutes ces années, je rencontrais enfin quelqu’un d’aussi futé et agile que moi. Un vrai survivant, avec qui partager astuces et expériences. Un frère qui me comprendrait.
L’émotion me serra la gorge, m’empêchant de lui répondre de vive voix. J’ai acquiescé d’un simple hochement de tête.
— Excellent. Je suis content de savoir que nous allons bien nous entendre, car j’ai un important secret à te révéler.
Son ton devint plus grave. Il déroula la manche de chemise pour couvrir la cicatrice invisible et retira ses lunettes avec minutie. Son regard sérieux plongea dans le mien. Un secret important? Des frissons s’écoulèrent de ma nuque jusqu’au bout de mes doigts.
— J’ai découvert comment faire en sorte qu’ils cessent de nous traquer.

Ils seront vaincus, première partie

— Entre.

Ce n’était pas ma première visite ici. La dernière fois, je m’étais échappé de justesse des griffes d’une hybride enragée. Aujourd’hui, j’étais déjà prêt à fuir avant même d’entrer dans le petit local.

Mais ce n’était pas l’hybride de ma visite précédente qui m’accueillit.

Un homme que je ne connaissais pas m’invita à entrer. Il portait une chemise bleue et une cravate rayée. De petites lunettes s’appuyaient sur son nez, qui semblait lui-même s’appuyer sur sa moustache. Il m’indiqua de prendre place dans une chaise en face du bureau.

— Ne te soucie pas de lui, me dit-il en tendant le bras vers le fauteuil dans le coin. Depuis que je l’ai apprivoisé, il est très docile.

Ce fauteuil m’avait déjà presque avalé. La chaise pouvait être un autre piège, encore plus carnivore. Je restai debout sur le seuil de la porte.

— Tu peux me faire confiance, Maxime. Je suis un allié. Tout comme toi, je sais qu’ils sont partout et j’ai appris comment leur échapper.

Ce n’est pas courant qu’une personne s’adresse à moi de cette façon. Les gens ont plutôt une réaction de déni quand je leur parle d’eux. Cette situation inhabituelle ne m’inspirait pas confiance, mais je me suis quand même assis sur la chaise qu’il me proposait. Si le piège n’était pas sous mes fesses, il pouvait être n’importe où ailleurs. Un tiroir explosif, une plante vampire, un crayon assassin. Mes yeux scrutèrent tous les recoins de la pièce.

— Tu n’as pas l’air de me croire et je te comprends. Les gens comme toi et moi ont pris l’habitude d’être méfiants. Laisse-moi te raconter une de mes mésaventures.

J’ai croisé les bras et me suis appuyé contre le dossier. Je me demandais quelle ruse ils tenteraient d’utiliser cette fois.

— Il y a plusieurs mois, commença-t-il d’une voix calme, j’ai frôlé la capture. Des troupes mercuriennes m’ont embusqué dans un magasin d’articles de sports. Des casquettoïdes enragés essayèrent de sucer mon cerveau pendant que des cyclorobots bloquaient les issues. Une agente déguisée en vendeuse de maillots, dont le petit chandail avait de la difficulté à contenir les formes de son corps monstrueux, chantait des incantations pour convoquer un démon de la quarante-deuxième ultra-dimension. Tu peux t’imaginer le pétrin dans lequel je me trouvais?

— Oh. Oui…

Une telle embuscade aurait bien pu avoir été mise en place pour moi. Ou il aurait pu inventer cette histoire de toutes pièces en s’inspirant des articles de mon journal. J’avais encore un énorme doute sur cet homme, mais je l’ai laissé poursuivre son récit.

J’étais curieux de savoir comment un autre avait réussi à leur échapper.

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Sans perdre les pédales

Je suis un expert pour reconnaitre leurs pièges et manigances. Mais je ne suis pas infaillible. Heureusement, grâce à Twitter, j’ai reçu quelques conseils à propos de l’utilisation d’un vélo. Cet appareil à deux roues semble être issu d’une dangereuse technologie jupitérienne.

Voici quelques commentaires inquiétants recueillis en quelques heures. Les tweets étant brefs, je me permets de vous les expliquer avec plus de détails.

@patdion: « un Bixi, c’est un tank »

Impossible alors de rouler en toute quiétude quand un canon est braqué sur notre tête.

@ChroniquesAmn: « éviter les trottoirs »

Le trottoir pourrait vous dévorer un pied. Il pourrait aussi vous désintégrer les orteils ou grignoter le mollet. Et c’est encore pire avec les trottoirs en béton. Parfois, le béton est armé.

@yareking: « le best pour les cadenas c’est d’en avoir deux.»

Je me doutais déjà du phénomène de duplication cycliste. Deux roues, deux pédales et, maintenant, deux cadenas. Donc, les nanovirus présents dans la selle produiront un clone parfait du pauvre voyageur.

***

Ensuite, des agents virtuels ont sauté sur l’occasion pour tenter de m’embusquer.

@Panthere_rousse: « Itinéraire : petites rues »

Bien sûr, une route à l’abri des regards. Idéale pour la capture. Non merci.

@Drag0n95: « On met un casque même si l’on a l’air d’un tawoien. »

Les habitants de la planète Tawoï sont les proies favorites des Neptunosaures. Pas question de me faire dévorer la cervelle.

@flemelin et @mariowroy m’ont parlé d’assurance-vie et d’assurance-habitation.

Ils attendent que je me mette à pédaler pour me désintégrer et pulvériser ma maison.

***

Je crois que je me contenterai de voyager à bord de mes chaussures. Elles sont apprivoisées depuis longtemps.

Cancer ascendant

En entrant à la station de métro, un moustachu m’a donné un journal. Sa façon de me le tendre était tellement insistante, que je crois qu’il me l’aurait lancé si j’avais refusé de le prendre. Je ne serais pas surpris qu’il soit même allé jusqu’à l’insérer de force dans mon sac.

Sur le coup, je me suis méfié. Ils postent des agents partout, et ce journal aurait pu avoir été imprimé avec de l’encre explosive comprenant un point-virgule comme détonateur. La une pouvait présenter une manchette subliminale qui m’aurait poussé à commettre un crime terrible. Mais l’homme n’était pas l’un d’eux. Sa bédaine ronde et ses doigts poilus étaient bien trop naturels.

Ce journal contenait certainement un message vital de la part d’un de mes alliés secrets.

J’ai pris le journal du bout des doigts, feignant la nonchalance pour qu’ils ne se doutent de rien. Je suis descendu vers le quai d’embarquement d’un pas normal, pendant que le moustachu fit semblant de distribuer des journaux à d’autres passants. J’avais entre mes mains mon message secret et ils n’avaient rien remarqué.

Un message secret dissimulé dans un journal, ça ne se trouve pas facilement. Des nouvelles, des publicités, des reportages, la météo, des petites annonces… Analyser chaque page allait me prendre un temps fou! Et si je n’arrivais pas à le décoder à temps? Je remarquais déjà des gens agir de façon suspecte autour de moi, comme cette femme qui ne cessait de fouiller dans son sac et replacer son contenu. Je me dirigeais peut-être tout droit dans une savante embuscade. Mes doigts nerveux se mirent à tourner les pages très vite, les froissant bruyamment.

Il fallait que je me calme. On ne m’aurait pas transmis un message que je n’aurais pas compris. Ce n’était pas logique. Réfléchir étant une de mes forces, c’est donc ce que j’ai fait. Comment se préparer à affronter ce que la journée nous réserve? En lisant l’horoscope, bien sûr!

Il était là mon message secret. Et très clair!
(24heures, 19 mai 2009, p. 37, Sagittaire)

« Vous avez les nerfs à fleur de peau, cela peut vous jouer des tours.»

Je sais, je ne dois jamais paniquer. La panique pourrait me faire réagir d’une mauvaise façon.

« La compétition est féroce, un compétiteur cherche à vous faire sortir […] Gardez votre sang-froid et tout ira bien.»

Ils essaient souvent de me faire sortir de chez moi. Mais je suis à l’abri chez moi. Tant que je reste chez moi, leurs mutants suceurs de sang ne pourront rien me faire.

« Vos paroles […] blesser des gens qui vous aiment»

C’est la partie la plus importante du message secret. On m’indique comment me débarrasser d’elle, la prochaine fois qu’elle s’en prendra à moi avec ses charmes. Elle a un point faible: elle est sensible aux paroles. Si lui parler peut l’anéantir, je sais maintenant quoi faire quand je la rencontrerai. D’ailleurs, je me demande s’il y a un indice supplémentaire à propos d’elle, avec la photo de la personne qui aurait écrit ces horoscopes… Serait-ce le visage de la prochaine agente ou celle de mon alliée secrète?

Peu importe. Je l’attends avec une réplique assassine. Quand elle croira m’avoir complètement charmé et tentera de m’achever en me disant ce qu’elle éprouve pour moi, je lui porterai le coup fatal. Une réponse bien simple à l’expression de ses sentiments. Deux mots.