Bonne nouvelle

Je pouvais faire une croix sur mon dimanche matin paisible.

Je venais d’en apercevoir un perché en haut d’une tour. Il restait bien immobile, les ailes repliées, comme s’il guettait les parages en quête d’une proie. Je savais toutefois qu’il n’avait d’yeux que pour moi.

Ça m’arrive rarement, mais j’étais un peu découragé. Je n’ai pas pu m’empêcher de lancer un chapelet de jurons. Tout ce que je souhaitais ce matin-là, c’était d’avoir la paix. La sainte paix. Soupir.

Je me suis mis à genoux derrière une petite clôture pour tenter de me cacher. Plutôt inutile. Je dépassais de tous les côtés. En fait, c’était un miracle qu’il ne m’ait pas encore attaqué. Pourquoi hésitait-il? M’aurait-il reconnu et craignait que je riposte?

Mon questionnement fut soudainement interrompu par un lourd vacarme. Le martèlement d’un immense marteau sur un gong métallique perçait le calme de la matinée. C’était plutôt anormal. L’alarme est habituellement sonnée uniquement quand il y a quelque chose qui cloche. J’avais donc ma confirmation: il n’était pas assez puissant pour s’en prendre à moi seul. Par contre, ses fidèles alliés, eux, allaient arriver dans quelques minutes.

Oh.

On n’allait pas me prier pour partir. J’ai déguerpi aussitôt.

Tournez-vous régulièrement vers le ciel. Même si vous ne le voyez pas, il vous surveille.

Dilemme

Tout à coup, il y en avait une sur le trottoir.

Ces créatures sont plutôt sournoises. Elles marchent dans la foule, armées de magnétoréacteurs cachées sous leurs vêtements. Ces engins émettent un puissant champ magnétique qui agit directement sur le système nerveux des victimes. Les blessures varient d’un simple torticolis jusqu’à un dérèglement de la démarche qui oblige à foncer dans le premier poteau disponible.

Mais, celle-ci, je l’ai aperçue bien avant qu’elle soit assez proche pour m’affecter.

En fait, j’étais plutôt surpris de pouvoir la remarquer d’aussi loin. J’ai tellement évolué ces dernières années. Je vois des choses que je ne voyais pas avant. Comme cette aura qui l’entourait, cette surimpression lumineuse qui la différenciait des humains normaux.

C’est qu’elle se trouvait encore à cheval entre deux mondes. Le mien et le sien. Sa transition n’était pas terminée.

Je ne savais pas quoi faire. Mon instinct criait de fuir. Mes pensées hurlaient de lui faire face avant qu’elle ait terminé de basculer dans mon univers. Mais cet état ambigu la plaçait-elle plus près de l’inquiétant prédateur ou de l’être vulnérable?

Pendant que j’hésitais, elle avait continué d’approcher. Pris au dépourvu, j’ai donc simplement souri. Mais un sourire à mi-chemin entre «joyeux» et «je montre les dents». J’étais ambigu moi aussi.

Il faut croire que les doubles ambigüités, tout comme les doubles plutonifications, s’annulent. Il ne s’est rien passé de grave. Elle a poursuivi son chemin, sans même se retourner.

Ouf.

Ou pas. Puisque, sans réfléchir, je me suis lancé à sa poursuite. J’ai couru quelques secondes dans la foule… et je me suis arrêté.

Et j’ai couru à nouveau.

Et j’ai arrêté une fois de plus.

Et… et… Elle était rendue un peu trop loin.

Tant pis alors. J’aurai certainement d’autres occasions de provoquer un affrontement.

Somnambule crevé

Depuis plusieurs semaines, quand le réveil sonne, j’ai l’impression que je viens tout juste de me coucher. Que j’ai à peine dormi. J’ai ce serrement à la poitrine, comme si j’étais essoufflé d’avoir couru durant des heures.

La seule explication est donc que je me lève la nuit pour chasser des Robots Dragons.

Et je fais un excellent travail. On n’en croise aucun en ville.

Si je découvre seulement aujourd’hui que je suis un chasseur somnambulique, c’est que je n’étais pas prêt avant. Mon cerveau préférait travailler dans l’inconscient et me garder à l’abri. Me protéger dans un cocon blindé, le temps de terminer ma métamorphose. Il est fort mon cerveau.

Tout est clair maintenant.

Les prochaines nuits seront très actives.

Ils seront vaincus, troisième partie

… suite de Ils seront vaincus, deuxième partie

Les battements de mon coeur s’étaient accélérés. Je ne me rappelais pas la dernière fois que j’avais entendu une aussi bonne nouvelle.

— Je t’explique, dit l’homme. J’ai conçu des particules microscopiques qui émettent, dans un rayon d’une trentaine de mètres, une fréquence radioactive empoisonnée. Totalement inoffensive pour les humains, elle provoque des douleurs atroces pour n’importe quel de leurs mutants, agentes, robots, vampires, créatures, extra-terrestres, hybrides et chimères. Ils préfèreront s’enfuir, s’envoler ou se téléporter plutôt que de subir ces ondes de tortures. S’ils tentent de résister, l’énergie finira par altérer les neurotransmetteurs, les rendant dociles et inoffensifs.

— Comme le fauteuil?

— Oui. Comme le fauteuil.

— Oh. C’est génial.

— Presque génial.

L’homme se leva et s’approcha de la fenêtre. Il prit une grande inspiration et tourna le regard vers l’extérieur. Une lourdeur s’installa dans la pièce.

— Les particules ne sont pas autonomes, expliqua-t-il d’un ton grave. Elles fonctionnent grâce à l’électricité inhérente du corps humain jumelée à son acidité. Il faut donc les avaler pour les activer… ce qui pose un problème: la digestion. Une fois digérées, elles sont expulsées du corps. Des doses doivent être consommées régulièrement. Pour eux, un simple oubli de notre part devient une opportunité, et ils attendront cette erreur pour frapper. Je ne peux pas laisser n’importe qui les utiliser. C’est un processus qui demande beaucoup de rigueur et une grande discipline.

Je fuyais depuis si longtemps. Chaque journée apportait un nouvel affrontement. La lutte constante m’épuisait, m’usait. S’il existait un moyen pour les tenir à distance, je devais tenter ma chance.

— Je suis très discipliné.

— Je n’en doute pas. Je sais aussi que tu es conscient des dangers du moindre écart. Ce n’est pas ce qui m’inquiète.

Il posa son regard sur moi. Une ombre obscurcit son visage sérieux. Avaler des particules tous les jours pour qu’elles utilisent mon corps comme source d’énergie m’apparaissait pourtant si simple. Je ne voyais pas ce qui pouvait causer un problème.

— Tu as déjà été capturé. Je ne peux pas prédire avec précision les effets que les particules auront sur toi. Ton corps pourrait réagir violemment en expulsant des nano-implants ou ton esprit pourrait être perturbé par les courts-circuits d’émetteurs neurotroniques greffés à ton cervelet. Tu pourrais traverser une difficile période de purge.

— Comme vous le savez, répondis-je, j’ai déjà été capturé. J’ai subi toutes sortes de tortures. J’ai souffert physiquement et mentalement. Cette période de transition ne me fait pas peur. S’ils ne sont jamais venus à bout de moi, ce ne sont pas de simples particules qui réussiront.

— Tu es très brave. Et j’ai confiance en toi. Alors, voici le message secret à présenter à un de mes alliés au comptoir de la pharmacie d’à côté. Il te remettra tes doses de particules sous forme de comprimés.

Il me tendit un bout de papier tapissé de gribouillis.

— Ne t’en fais pas, ajouta-t-il d’une voix rassurante. C’est écrit en langage codé pour qu’ils ne puissent pas lire.

J’ai glissé la note avec précaution dans mon portefeuille, entre deux cartes pour l’isoler des caméras rayon X et détecteurs ultraviolets.

— Bon courage, Maxime. Tu verras, ta vie va changer.

Ma vie, et celle de l’humanité. Cette vision de temps nouveaux à venir procurait une chaleur en moi bien différente de n’importe quel venin atomique qu’ils m’auraient injecté. Une onde réconfortante, loin d’être radioactive, balayait mon corps de l’intérieur. Le soleil se levait dans mon coeur. Le futur flou se précisait. La conclusion devenait claire.

Ils seront vaincus.

Ils seront vaincus, deuxième partie

… suite de Ils seront vaincus, première partie

J’écoutais attentivement l’homme me raconter ses péripéties.

— J’ai appris à rester observateur même dans les moments dangereux, continua-t-il. Au comptoir de la caisse, il y avait des barres énergétiques en solde. J’ai sprinté jusqu’à la caissière, à qui j’ai lancé un billet de dix dollars, et j’en ai attrapé une au passage. Un mutant armé d’un harpon de golf s’approchait derrière moi. J’avais toutefois en ma possession quelque chose pour résister à leurs attaques. En deux bouchées, j’avais dévoré la barre. L’énergie fut instantanément déployée dans tout mon corps.

— Futé. J’aurais fait la même chose.

Son récit impressionnant ne réussissait toujours pas à me mettre en confiance. N’importe qui avec un soupçon d’imagination pouvait inventer de telles péripéties. Je ne voyais toutefois pas de danger à le laisser poursuivre.

— J’ai marché vers la sortie du magasin. Des barbelés électrozigzagotrons bloquaient l’issue. Tu sais, ceux qui sont invisibles?

— Oui. Je n’en ai heureusement jamais vu.

Ils avaient déployé un arsenal impressionnant. Si tout cela se révélait vrai, cet homme était une cible vraiment importante.

— Grâce à la sur-force que je venais de manger, j’étais temporairement bien plus résistant. J’ai donc dressé les bras devant moi et j’ai pu traverser cette dangereuse barrière sans me faire déchiqueter. J’ai réussi à fuir, mais ce bras restera marqué à jamais.

Il déboutonna la manche de sa chemise et la roula jusqu’au coude. J’étais prêt à m’éjecter de la chaise et bondir hors du bureau si ce stratagème révélait un tentacule bionique. Il tendit lentement son avant-bras vers moi. La peau lisse avait une apparence bien humaine. Aucune écaille, aucun port électronique.

— Les barbelés ont laissé cette effrayante cicatrice invisible, dit-il en rapprochant son bras encore plus.

Je ne voyais aucune trace sur la peau. J’ai penché la tête pour changer l’angle de vue, mais rien n’apparut. J’arrivais parfaitement à ne pas voir la cicatrice invisible. C’était donc vrai.

— Tu me crois maintenant?

Bien sûr que je le croyais. Une telle blessure de guerre méritait non seulement ma confiance, mais aussi de la sympathie. Après toutes ces années, je rencontrais enfin quelqu’un d’aussi futé et agile que moi. Un vrai survivant, avec qui partager astuces et expériences. Un frère qui me comprendrait.

L’émotion me serra la gorge, m’empêchant de lui répondre de vive voix. J’ai acquiescé d’un simple hochement de tête.

— Excellent. Je suis content de savoir que nous allons bien nous entendre, car j’ai un important secret à te révéler.

Son ton devint plus grave. Il déroula la manche de chemise pour couvrir la cicatrice invisible et retira ses lunettes avec minutie. Son regard sérieux plongea dans le mien. Un secret important? Des frissons s’écoulèrent de ma nuque jusqu’au bout de mes doigts.

— J’ai découvert comment faire en sorte qu’ils cessent de nous traquer.

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L’homme me racontait ses péripéties.
— J’ai appris à rester observateur même dans les moments dangereux, continua-t-il. Au comptoir de la caisse, il y avait des barres énergétiques en solde. J’ai sprinté jusqu’à la caissière, à qui j’ai lancé un billet de dix dollars, et j’en ai attrapé une au passage. Un mutant armé d’un harpon de golf s’approchait derrière moi. J’avais toutefois en ma possession quelque chose pour résister à leurs attaques. En deux bouchées, j’avais dévoré la barre. L’énergie fut instantanément déployée dans tout mon corps.
— Futé. J’aurais fait la même chose.
Son récit impressionnant ne réussissait toujours pas à me mettre en confiance. N’importe qui avec un soupçon d’imagination pouvait inventer de telles péripéties. Je ne voyais toutefois pas de danger à le laisser poursuivre.
— J’ai marché vers la sortie du magasin. Des barbelés électrozigzagotrons bloquaient l’issue. Tu sais, ceux qui sont invisibles?
— Oui. Je n’en ai heureusement jamais vu.
Ils avaient déployé un arsenal impressionnant. Si tout cela se révélait vrai, cet homme était une cible vraiment importante.
— Grâce à la sur-force que je venais de manger, j’étais temporairement bien plus résistant. J’ai donc dressé les bras devant moi et j’ai pu traverser cette dangereuse barrière sans me faire déchiqueter. J’ai réussi à fuir, mais ce bras restera marqué à jamais.
Il déboutonna la manche de sa chemise et la roula jusqu’au coude. J’étais prêt à m’éjecter de la chaise et bondir hors du bureau si ce stratagème révélait un tentacule bionique. Il tendit lentement son avant-bras vers moi. La peau lisse avait une apparence bien humaine. Aucune écaille, aucun port électronique.
— Les barbelés ont laissé cette effrayante cicatrice invisible, dit-il en rapprochant son bras encore plus.
Je ne voyais aucune trace sur la peau. J’ai penché la tête pour changer l’angle de vue, mais rien n’apparut. J’arrivais parfaitement à ne pas voir la cicatrice invisible. C’était donc vrai.
— Tu me crois maintenant?
Bien sûr que je le croyais. Une telle blessure de guerre méritait non seulement ma confiance, mais aussi de la sympathie. Après toutes ces années, je rencontrais enfin quelqu’un d’aussi futé et agile que moi. Un vrai survivant, avec qui partager astuces et expériences. Un frère qui me comprendrait.
L’émotion me serra la gorge, m’empêchant de lui répondre de vive voix. J’ai acquiescé d’un simple hochement de tête.
— Excellent. Je suis content de savoir que nous allons bien nous entendre, car j’ai un important secret à te révéler.
Son ton devint plus grave. Il déroula la manche de chemise pour couvrir la cicatrice invisible et retira ses lunettes avec minutie. Son regard sérieux plongea dans le mien. Un secret important? Des frissons s’écoulèrent de ma nuque jusqu’au bout de mes doigts.
— J’ai découvert comment faire en sorte qu’ils cessent de nous traquer.