Ils seront vaincus, deuxième partie

… suite de Ils seront vaincus, première partie

J’écoutais attentivement l’homme me raconter ses péripéties.

— J’ai appris à rester observateur même dans les moments dangereux, continua-t-il. Au comptoir de la caisse, il y avait des barres énergétiques en solde. J’ai sprinté jusqu’à la caissière, à qui j’ai lancé un billet de dix dollars, et j’en ai attrapé une au passage. Un mutant armé d’un harpon de golf s’approchait derrière moi. J’avais toutefois en ma possession quelque chose pour résister à leurs attaques. En deux bouchées, j’avais dévoré la barre. L’énergie fut instantanément déployée dans tout mon corps.

— Futé. J’aurais fait la même chose.

Son récit impressionnant ne réussissait toujours pas à me mettre en confiance. N’importe qui avec un soupçon d’imagination pouvait inventer de telles péripéties. Je ne voyais toutefois pas de danger à le laisser poursuivre.

— J’ai marché vers la sortie du magasin. Des barbelés électrozigzagotrons bloquaient l’issue. Tu sais, ceux qui sont invisibles?

— Oui. Je n’en ai heureusement jamais vu.

Ils avaient déployé un arsenal impressionnant. Si tout cela se révélait vrai, cet homme était une cible vraiment importante.

— Grâce à la sur-force que je venais de manger, j’étais temporairement bien plus résistant. J’ai donc dressé les bras devant moi et j’ai pu traverser cette dangereuse barrière sans me faire déchiqueter. J’ai réussi à fuir, mais ce bras restera marqué à jamais.

Il déboutonna la manche de sa chemise et la roula jusqu’au coude. J’étais prêt à m’éjecter de la chaise et bondir hors du bureau si ce stratagème révélait un tentacule bionique. Il tendit lentement son avant-bras vers moi. La peau lisse avait une apparence bien humaine. Aucune écaille, aucun port électronique.

— Les barbelés ont laissé cette effrayante cicatrice invisible, dit-il en rapprochant son bras encore plus.

Je ne voyais aucune trace sur la peau. J’ai penché la tête pour changer l’angle de vue, mais rien n’apparut. J’arrivais parfaitement à ne pas voir la cicatrice invisible. C’était donc vrai.

— Tu me crois maintenant?

Bien sûr que je le croyais. Une telle blessure de guerre méritait non seulement ma confiance, mais aussi de la sympathie. Après toutes ces années, je rencontrais enfin quelqu’un d’aussi futé et agile que moi. Un vrai survivant, avec qui partager astuces et expériences. Un frère qui me comprendrait.

L’émotion me serra la gorge, m’empêchant de lui répondre de vive voix. J’ai acquiescé d’un simple hochement de tête.

— Excellent. Je suis content de savoir que nous allons bien nous entendre, car j’ai un important secret à te révéler.

Son ton devint plus grave. Il déroula la manche de chemise pour couvrir la cicatrice invisible et retira ses lunettes avec minutie. Son regard sérieux plongea dans le mien. Un secret important? Des frissons s’écoulèrent de ma nuque jusqu’au bout de mes doigts.

— J’ai découvert comment faire en sorte qu’ils cessent de nous traquer.

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L’homme me racontait ses péripéties.
— J’ai appris à rester observateur même dans les moments dangereux, continua-t-il. Au comptoir de la caisse, il y avait des barres énergétiques en solde. J’ai sprinté jusqu’à la caissière, à qui j’ai lancé un billet de dix dollars, et j’en ai attrapé une au passage. Un mutant armé d’un harpon de golf s’approchait derrière moi. J’avais toutefois en ma possession quelque chose pour résister à leurs attaques. En deux bouchées, j’avais dévoré la barre. L’énergie fut instantanément déployée dans tout mon corps.
— Futé. J’aurais fait la même chose.
Son récit impressionnant ne réussissait toujours pas à me mettre en confiance. N’importe qui avec un soupçon d’imagination pouvait inventer de telles péripéties. Je ne voyais toutefois pas de danger à le laisser poursuivre.
— J’ai marché vers la sortie du magasin. Des barbelés électrozigzagotrons bloquaient l’issue. Tu sais, ceux qui sont invisibles?
— Oui. Je n’en ai heureusement jamais vu.
Ils avaient déployé un arsenal impressionnant. Si tout cela se révélait vrai, cet homme était une cible vraiment importante.
— Grâce à la sur-force que je venais de manger, j’étais temporairement bien plus résistant. J’ai donc dressé les bras devant moi et j’ai pu traverser cette dangereuse barrière sans me faire déchiqueter. J’ai réussi à fuir, mais ce bras restera marqué à jamais.
Il déboutonna la manche de sa chemise et la roula jusqu’au coude. J’étais prêt à m’éjecter de la chaise et bondir hors du bureau si ce stratagème révélait un tentacule bionique. Il tendit lentement son avant-bras vers moi. La peau lisse avait une apparence bien humaine. Aucune écaille, aucun port électronique.
— Les barbelés ont laissé cette effrayante cicatrice invisible, dit-il en rapprochant son bras encore plus.
Je ne voyais aucune trace sur la peau. J’ai penché la tête pour changer l’angle de vue, mais rien n’apparut. J’arrivais parfaitement à ne pas voir la cicatrice invisible. C’était donc vrai.
— Tu me crois maintenant?
Bien sûr que je le croyais. Une telle blessure de guerre méritait non seulement ma confiance, mais aussi de la sympathie. Après toutes ces années, je rencontrais enfin quelqu’un d’aussi futé et agile que moi. Un vrai survivant, avec qui partager astuces et expériences. Un frère qui me comprendrait.
L’émotion me serra la gorge, m’empêchant de lui répondre de vive voix. J’ai acquiescé d’un simple hochement de tête.
— Excellent. Je suis content de savoir que nous allons bien nous entendre, car j’ai un important secret à te révéler.
Son ton devint plus grave. Il déroula la manche de chemise pour couvrir la cicatrice invisible et retira ses lunettes avec minutie. Son regard sérieux plongea dans le mien. Un secret important? Des frissons s’écoulèrent de ma nuque jusqu’au bout de mes doigts.
— J’ai découvert comment faire en sorte qu’ils cessent de nous traquer.

Ils seront vaincus, première partie

— Entre.

Ce n’était pas ma première visite ici. La dernière fois, je m’étais échappé de justesse des griffes d’une hybride enragée. Aujourd’hui, j’étais déjà prêt à fuir avant même d’entrer dans le petit local.

Mais ce n’était pas l’hybride de ma visite précédente qui m’accueillit.

Un homme que je ne connaissais pas m’invita à entrer. Il portait une chemise bleue et une cravate rayée. De petites lunettes s’appuyaient sur son nez, qui semblait lui-même s’appuyer sur sa moustache. Il m’indiqua de prendre place dans une chaise en face du bureau.

— Ne te soucie pas de lui, me dit-il en tendant le bras vers le fauteuil dans le coin. Depuis que je l’ai apprivoisé, il est très docile.

Ce fauteuil m’avait déjà presque avalé. La chaise pouvait être un autre piège, encore plus carnivore. Je restai debout sur le seuil de la porte.

— Tu peux me faire confiance, Maxime. Je suis un allié. Tout comme toi, je sais qu’ils sont partout et j’ai appris comment leur échapper.

Ce n’est pas courant qu’une personne s’adresse à moi de cette façon. Les gens ont plutôt une réaction de déni quand je leur parle d’eux. Cette situation inhabituelle ne m’inspirait pas confiance, mais je me suis quand même assis sur la chaise qu’il me proposait. Si le piège n’était pas sous mes fesses, il pouvait être n’importe où ailleurs. Un tiroir explosif, une plante vampire, un crayon assassin. Mes yeux scrutèrent tous les recoins de la pièce.

— Tu n’as pas l’air de me croire et je te comprends. Les gens comme toi et moi ont pris l’habitude d’être méfiants. Laisse-moi te raconter une de mes mésaventures.

J’ai croisé les bras et me suis appuyé contre le dossier. Je me demandais quelle ruse ils tenteraient d’utiliser cette fois.

— Il y a plusieurs mois, commença-t-il d’une voix calme, j’ai frôlé la capture. Des troupes mercuriennes m’ont embusqué dans un magasin d’articles de sports. Des casquettoïdes enragés essayèrent de sucer mon cerveau pendant que des cyclorobots bloquaient les issues. Une agente déguisée en vendeuse de maillots, dont le petit chandail avait de la difficulté à contenir les formes de son corps monstrueux, chantait des incantations pour convoquer un démon de la quarante-deuxième ultra-dimension. Tu peux t’imaginer le pétrin dans lequel je me trouvais?

— Oh. Oui…

Une telle embuscade aurait bien pu avoir été mise en place pour moi. Ou il aurait pu inventer cette histoire de toutes pièces en s’inspirant des articles de mon journal. J’avais encore un énorme doute sur cet homme, mais je l’ai laissé poursuivre son récit.

J’étais curieux de savoir comment un autre avait réussi à leur échapper.

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Conseils vitaux — Mutant des Fêtes

Les mutants carnivores célèbrent aussi Noël.

Pendant le temps des fêtes, il y a toujours un repas chez les grands-parents, une soirée chez un cousin ou un après-midi chez le frère de la tante du père du côté de la belle-mère. C’est parfois difficile de savoir où nous sommes et quel est le lien de parenté qui nous unit.

C’est comme ça qu’ils nous piègent.

Voici quelques indices pour les reconnaitre.

1— « T’as donc ben grandi, el jeune! » Cette phrase préprogrammée aide à démasquer les robotosaures archaïques, puisque vous avez de toute évidence cessé de grandir depuis au moins une douzaine d’années. Même chose pour le souhait de succès dans les études. Des commentaires robotiques.

2— Ce mononcle Yvon est très accueillant. Mais cette masse poilue qui occupe la moitié inférieure de son visage est un parasite qui lui commande le cerveau par le nez. Évitez de le laisser vous embrasser. Le parasite pourrait changer de face.

3— Encore dans la catégorie poilue, il y a cette bête vorace qui rôde dans les chambres à coucher. Elle se perche sur le lit, la fourrure immobile, et engloutira le premier enfant un peu trop endormi.

4— Le vin, ça pousse dans des bouteilles. Cette boite de carton contient plutôt du poison. Vous serez malade si vous en buvez.

5— Observez les murs. Ils peuvent y avoir suspendu les restes d’une victime précédente. Comme un pied, toujours dans son bas.

6a— Pour les plus jeunes, méfiez-vous de cette agente qui se fait passer pour la jolie cousine. Elle tentera de vous hypnotiser en faisant tourner une bouteille.

6b— Cet oncle Neptunien cache un piège détraqué entre les jambes qui se déclenchera dès que vous vous assoirez sur ses genoux.

7— Une drôle d’odeur plane. L’air est saturé d’un gaz empoisonné qui brule les yeux, irrite la gorge et pique le nez. Contre-attaquez en vous aspergeant de parfum, même le moins cher fera l’affaire.

8— Un des cadeaux contient une substance toxique explosive. Manipulez-les avec précautions, et évitez surtout de les brasser.

Je vous souhaite une bonne et heureuse année 2011. Si vous survivez jusque-là.

* * * * * * * * * * * *

Vous avez échappé à un piège de Noël? Laissez vos trucs et astuces dans les commentaires.

À pareil

Encore un de mes clones.

Cette fois, c’est dans un wagon de métro que j’en croise un. Des cheveux noirs. Il porte des souliers. Lui aussi est assis. Un décompte discret me confirme qu’il possède le même nombre de doigts que moi. Pas de doute, c’est un de mes clones.

J’en rencontre de plus en plus.

Hier, c’était dans la file au guichet automatique. Je l’ai reconnu rapidement. Même couleur de peau, même couleur de manteau, même couleur de montre. Il venait même pour retirer de l’argent, lui aussi.

L’autre jour, au supermarché, j’ai même vu un clone qui s’était déguisé pour que je ne le reconnaisse pas. Son ample costume de grosse madame camouflait toutes les caractéristiques qu’ils m’avaient copiées. Mais je savais que, sous ce quadruple menton engonçant, se cachait une bouche avec mes dents.

Et ils sont rapides en plus. Alors que j’essayais de nouveaux vêtements, j’en ai aperçu un de l’autre côté de la fenêtre de la cabine. Il portait exactement ce que j’étais en train d’essayer. Je n’avais même pas encore arrêté mon choix.

Par contre, ils ne sont pas très minutieux. Plusieurs détails leur échappent. Le clone dans la cabine d’essayage était gaucher. Celui au supermarché parlait avec une voix trop grave. Celui du guichet automatique faisait un retrait de quarante dollars au lieu de quatre-vingts. Les sourcils de celui-ci, dans le métro, suivent la mauvaise courbure.

Tant qu’à me cloner, ils auraient pu faire un effort pour produire une copie parfaite.

Comme moi.

Répulsif moufette

Depuis plusieurs mois, la recherche la plus populaire menant à mon blogue (après «Maxime DeBleu») est la suivante:

Répulsif moufette

Ce n’est que la semaine dernière que j’ai enfin compris la signification. Quelqu’un d’aussi futé que moi m’envoie un message codé pour partager sa découverte. La moufette est une excellente solution pour les tenir à l’écart.

Curieux de savoir pourquoi, j’ai fait quelques recherches sur cet animal.

 

répulsif moufetteLa moufette est reconnue pour son jet de liquide malodorant, même si elle n’arrose qu’en dernier recours. En passant, ce n’est pas de l’urine, mais une substance sécrétée par des glandes. Substance qui peut gicler jusqu’à cinq mètres en ligne droite, ou vaporiser en cône jusqu’à trois mètres. J’ai aussi trouvé l’explication de l’odeur. Avec le nombre de sacs-poubelles percés que j’ai souvent vus, c’est facile de conclure qu’elle sent mauvais à cause de sa consommation de vidanges.

L’apparence physique de la moufette n’est pas le fruit du hasard. Le pelage noir et blanc devient une forme d’invisibilité aux yeux de certains mutants à vision polarisée. Pensez à cette auteure connue qui a adapté la moufettification à sa coiffure. Elle ne s’est toujours pas fait capturer.

C’est un animal très intelligent et, par conséquent, nocturne. Si elle sortait en plein jour, ils pourraient la voir de bien plus loin et faire appel à des tireurs d’élite pour l’éliminer. La nuit lui permet aussi de s’associer à d’autres animaux qui ne dorment pas, comme les super hiboux laser et les licornes. Il y a donc un lien avec le somnambulisme chez les humains, qui serait une forme inconsciente d’instinct de survie nous poussant à chercher la protection d’une moufette.

Mais plusieurs éléments importants n’ont pu être trouvés au cours de mes recherches. Ils font un excellent contrôle de l’information et ont effacé tout ce qui pouvait les mettre en danger. Voyez-vous, ce qui fait que les moufettes soient un excellent répulsif, c’est qu’elles émettent un champ magnétronique à courte portée. Les ondes de ce champ auraient pour effet de déprogrammer leurs robots et de liquéfier leurs neurones. Vous pensez qu’elles marchent avec la queue redressée, mais c’est en réalité une antenne émettrice poilue. Vous ne pouvez lire ceci nulle part parce qu’ils l’ont effacé, ce qui en prouve la véracité.

Vous comprenez maintenant d’où vient l’interdiction de posséder une moufette et pourquoi les animaleries n’en vendent pas.

Je vous souhaite à tous une moufette clandestine.

Pâté Chinois

Je porte une attention particulière à mon alimentation. C’est elle qui me fournit l’énergie nécessaire à mes prouesses physiques et mentales. Si je mangeais n’importe quoi, comme du yogourt à la luzerne, je risquerais de tomber en panne en pleine fuite. J’ai développé quelques recettes savantes, dont celle-ci.

Ingrédients

  • 500 g de viande hachée (préférez la viande hachée rouge, la viande verte est moins digeste)
  • Quelques pommes mutantes (celles qui poussent sous la terre)
  • 1 boite d’oeufs de poissons Luniens, en crème (Poisson de la Mer de la Tranquilité, de couleur jaune)
  • 1 oignon (c’est bien, mais deux c’est mieux)

Préparation

Couper l’oignon en petits morceaux. Mais pas trop petits. La taille idéale est de 8mm x 13mm (si vous faites plus gros, rester dans un ratio de Fibonacci)

Faire revenir la viande avec les oignons. Les oignons neutraliseront les micro-organismes robotisés qu’ils auraient mélangés à la viande. De plus, si une haleine d’oignon suffit pour éloigner une gentille demoiselle, les turbos capteurs olfactifs des cybersoldats que vous croiserez exploseront.

Pour la saveur, mettre des épices à steak ou mieux, de la sauce Worchose. Éviter de prononcer le nom de cette sauce, car il s’agit d’une incantation pour transmuter la viande en démon venimeux.

Ouvrir la boite d’oeufs de poisson Luniens, mais la garder dans un endroit sombre. La lumière pourrait les faire éclore. J’ai déjà vu le genre d’explosion dont ces oeufs sont capables. Soyez prudents.

Faire bouillir les pommes mutantes préalablement pelées et coupées en morceau. Pour cette étape, la taille de la coupe n’a aucune importance. Sauf peut-être le temps nécessaire pour une coupe parfaite. Trop de minutie pourrait vous faire mourir de faim.

Quand les pommes mutantes sont molles (texture comparable au bedon d’un bébé dragon), c’est le moment de les retirer du feu et de les égoutter.

Piler les pommes mutantes dans le sens des aiguilles d’une montre. Pour rendre plus crémeux, ajouter du lait. Du lait de vache si de la viande de boeuf est utilisée, pour des raisons de compatibilité. Il ne faudrait pas causer de paradoxe alimentaire. Saupoudrer de sel de céleri, au gout. C’est bon du sel de céleri.

Assemblage

Dans un plat rectangulaire allant au four, étaler le mélange de viande et d’oignon pour former une couche uniforme. Si vous en renversez à côté, du plat, il faut manger le dégât.

Verser ensuite la crème d’oeufs Luniens par-dessus la viande. Étendre avec une grande cuillère pour former une couche uniforme. Ne pas mélanger avec la viande.

Lécher la cuillère.

Étendre la purée sur le dessus avec la même cuillère, en y allant une petite motte à la fois.

Lécher la cuillère.

Faire griller au four quelques minutes. La croute dorée qui se formera agira comme blindage et protègera votre repas d’attaques laser.

Consommation

Ce repas peut être cryogénifié.

Si votre repas est raté, vous pouvez le manger avec du ketchup ou avec des amis.

Ce produit ne contient ni noix ni plutonium.

Surtout, ne jamais mettre de carottes dans la purée. En plus de contrevenir à l’ordre chromatique, ça attire les lapins carnivores. Et c’est dégueulasse.

*Note : Je ne suis pas responsable des accidents causés par une modification de la recette.

Vieille branche

Ils avaient tué la rue.

Des voitures s’alignaient jusqu’à l’intersection, vides, leurs passagers ayant été pulvérisés.

Le cadavre d’un journal déchiqueté trainait sur le trottoir. Un sac-poubelle éventré, dont les entrailles gluantes avaient roulé sur quelques mètres, agonisait contre une borne-fontaine. Même le chat qui aurait normalement dû traverser la rue à ce moment n’était pas là. Son corps devait être enfoui quelque part sous un arbre.

D’ailleurs, tous les arbres étaient morts. Leurs feuilles gisaient sur la voie. Il ne restait que les squelettes de leurs branches, immobiles dans la brise d’automne, rigor mortis forestier. Aucun n’avait été épargné. Ni les petits, ni les grands. Des familles arbres entières avaient péri ici. Le bras figé d’un papa peuplier tenait encore un bout de sac en plastique qu’il avait agité sans succès en guise de drapeau blanc. Un jeune érable avait tenté de fuir, mais ils l’avaient retenu en l’attachant solidement à un pieu.

Au lieu de m’attaquer directement, ils avaient décidé de m’asphyxier.

J’ai retenu ma respiration. S’il n’y avait plus d’arbres pour produire de l’oxygène de mon quartier, je devais épargner les quelques bouffées restantes. Mais combien de semaines d’air restait-il? Quelques jours seulement? Des heures? Des minutes?

J’ai pris une inspiration. Peut-être ma dernière.

Un peu plus loin, sur la rue, séchait la carcasse aplatie d’un rongeur. Le manque d’air l’avait complètement dessoufflé. Le pauvre. J’ai pris une autre inspiration, pas trop grande. J’ai ouvert mon sac pour le remplir d’air tandis qu’il en restait encore. Et j’en ai mis dans mes poches.

Une tache verte attira mon attention. Un arbre avait survécu. J’ai couru vers lui. Ses branches épineuses envoyaient de l’air neuf dans toutes les directions. Il rayonnait d’oxygène.

J’ai respiré.

Ça sentait bon.

Nous pouvons toujours faire confiance aux sapins. Impossible de nous en passer.

J’ai cassé une petite branche que j’ai apportée jusqu’à la maison. Ce générateur d’oxygène ne me quittera plus.

J’ai une idée. Tous les sapins qui ont survécus devraient être illuminés pour que les zones respirables soient vues de loin.