Tag…

Je sais que cette tag ne sert qu’à confirmer les informations qu’ils ont déjà sur moi. Je n’ai pas peur.

J’espère que ces autres blogueurs où j’ai vu cette tag ne se feront pas capturer… (Dark, CindyLou, Stephane…)

Alors voilà, ce qui me concerne est en caractèrs gras et en bleu.

1. Started my own blog
2. Slept under the stars
3. Played in a band (à l’école et le jeu Rock Band :P)
4. Visited Hawaii
5. Watched a meteor shower
6. Given more than I can afford to charity
7. Been to Disneyland/world
8. Climbed a mountain (Mont-Royal?)
9. Held a praying mantis
10. Sung a solo
11. Bungee jumped
12. Visited Paris
13. Watched lightning at sea
14. Taught myself an art from scratch (écriture)
15. Adopted a child
16. Had food poisoning (un jus Snapple aux fraises)
17. Walked to the top of the Statue of Liberty (je l’ai vue quelques fois, de loin)
18. Grown my own vegetables (ciboulette et moisissure sur un mur…)
19. Seen the Mona Lisa in France (et j’ai été déçu. « C’est juste ça! »)
20. Slept on an overnight train
21. Had a pillow fight (et j’ai perdu)
22. Hitchhiked (avec un bâton de hockey en plus!)
23. Taken a sick day when you’re not
24. Built a snow fort
25. Held a lamb
26. Gone skinny dipping
27. Run a Marathon (la course du Montréal souterrain de 5km…)
28. Ridden in a gondola in Venice
29. Seen a total eclipse
30. Watched a sunrise or sunset
31. Hit a home run
32. Been on a cruise
33. Seen Niagara Falls in person
34. Visited the birthplace of my ancestors (la Ville de Paul Chomedey de Maisonneuve, Neuville-sur-seine,  ça compte puisqu’il est le fondateur de mon Montréal!)
35. Seen an Amish community
36. Taught myself a new language (Deutsch. Ja!)
37. Had enough money to be truly satisfied (et j’ai alors quitté mon emploi… c’était le bon temps)
38. Seen the Leaning Tower of Pisa in person
39. Gone rock climbing
40. Seen Michelangelo’s David
41. Sung karaoke (plus jamais! sauf le jeu Rock Band…)
42. Seen Old Faithful geyser erupt
43. Bought a stranger a meal at a restaurant (Une blind date, ça compte?)
44. Visited Africa
45. Walked on a beach by moonlight
46. Been transported in an ambulance
47. Had my portrait painted (même pas! incroyable considérant toutes mes années avec une artiste peintre…)
48. Gone deep sea fishing
49. Seen the Sixtine Chapel in person
50. Been to the top of the Eiffel Tower in Paris (naaann… Je l’ai vu d’en-dessous mais j’y suis pas monté)
51. Gone scuba diving or snorkeling
52. Kissed in the rain (ça doit, mais je m’en souviens pas spécifiquement)
53. Played in the mud
54. Gone to a drive-in theater
55. Been in a movie (2 entrevues télés, ça compte?)
56. Visited the Great Wall of China
57. Started a business
58. Taken a martial arts class
59. Visited Russia
60. Served at a soup kitchen
61. Sold Girl Scout Cookies
62. Gone whale watching
63. Got flowers for no reason (je suis un gars quand même!)
64. Donated blood, platelets or plasma
65. Gone sky diving
66. Visited a Nazi Concentration Camp (ouf!)
67. Bounced a check
68. Flown in a helicopter
69. Saved a favorite childhood toy
70. Visited the Lincoln Memorial
71. Eaten caviar
72. Pieced a quilt
73. Stood in Times Square
74. Toured the Everglades
75. Been fired from a job
76. Seen the Changing of the Guards in London
77. Broken a bone
78. Been on a speeding motorcycle.
79. Seen the Grand Canyon in person
80. Published a book (DEUX! le troisième s’en vient…)
81. Visited the Vatican
82. Bought a brand new car (nan! c’était un vieux tas de ferrailles)
83. Walked in Jerusalem
84. Had my picture in the newspaper
85. Read the entire Bible (en train de le faire… zzzzzzz)
86. Visited the White House
87. Killed and prepared an animal for eating
88. Had chickenpox
89. Saved someone’s life
90. Sat on a jury
91. Met someone famous
92. Joined a book club
93. Lost a loved one
94. Had a baby
95. Seen the Alamo in person
96. Swam in the Great Salt Lake
97. Been involved in a law suit
98. Owned a cell phone
99. Been stung by a bee
100. Ridden an elephant

Réflexion irréfléchie

Je colle l’étiquette avec mon prénom sur ma poitrine, comme le font les neuf autres participants. Le groupe se rend à une salle de conférence et je le suis en silence.

— Assoyez-vous où vous voulez, à l’exception de la chaise au bout de la table.

J’entre le dernier dans la pièce et je n’ai donc pas le choix d’une place. Le seul siège libre est situé à côté de celui réservé. Ça ne me dérange pas, une place ne semble pas meilleure qu’une autre. Je m’y assois sans attendre… J’avais hâte à cette rencontre!

C’est la première fois que je participe à un groupe de discussion. L’agence de sondage et de recherche qui m’a contacté m’a posé plusieurs questions pour s’assurer que j’avais le profil recherché. L’entrevue téléphonique fut brève, mais assez pointue. On s’est informé sur mon travail, et l’on a vérifié ma réaction à des questions inattendues. Après m’avoir annoncé que j’étais sélectionné, on m’a envoyé un courriel et téléphoné à nouveau pour s’assurer et se ré-assurer de ma présence. Présence qui était très importante, comme on me l’a répété à plusieurs reprises. J’étais curieux de savoir quel produit requérait autant mon opinion.

La responsable du groupe entre dans la salle de conférence et referme la porte derrière elle. Je la regarde rejoindre son siège réservé d’un oeil et, de l’autre, j’analyse le contenu d’une petite assiette posée au centre de la table. Il y a quelques biscuits et j’ai justement envie d’une collation. Ils sont empilés de façon ordonnée, classés par forme, par texture. Me laisserais-je tenter par celui en forme de fleur? Ou par un autre recouvert de scintillants cristaux de sucre? Peut-être les deux? L’autre vrillé m’a l’air tout aussi appétissant. Chocolat. Miam.

— … des micros au plafond enregistrent la discussion et des observateurs se trouvent derrière ce miroir…

Ma faim disparait aussitôt. La responsable explique le déroulement de la rencontre. On m’observera et m’écoutera. On m’analysera. Un rat de laboratoire qu’on étudie. Pas besoin de réfléchir longtemps… Ce « on » est en fait « eux ». Ils sont vraiment partout et disposent de ressources illimitées. Ce groupe de discussion, ils l’ont organisé.

Je ne sens toutefois pas de menace, ni de danger. Ils m’ont emprisonné dans une salle de conférence, mais mon incarcération ne semble pas permanente. La pièce ne comporte aucun piège. Les stylos sont de vrais stylos, pas des micropistolets ioniques. Les thermos contiennent du vrai café, pas un acide radioactif. La chaise sur laquelle je suis assis n’est pas piégée pour me retenir pendant que le dossier m’étrangle. La responsable du groupe est loin d’être assez jolie pour être une agente ayant comme but de me séduire. Que me veulent-ils alors?

La responsable commence à poser quelques questions au groupe, comme si c’était une rencontre normale. Je pourrais sans doute me sauver sans difficulté, mais je suis curieux. Les autres participants ne semblent pas être des leurs. Sont-ils, comme moi, des survivants? Ou simplement de futures victimes?

Un donne son avis et un autre est en désaccord. Il n’y a toutefois aucun débat. Chacun a droit à son opinion. Un troisième avance timidement une suggestion. Moi, je ne dis rien. Ils ne sauront pas ce que je pense. Ils ne pourront pas analyser ma réaction. Silence. Immobilité.

La responsable distribue des feuilles, des questionnaires, des mises en situation, des images représentant nos impressions, des espaces pour mettre nos commentaires. Je jette un coup d’oeil à intervalle régulier vers le grand miroir occupant le mur du fond. J’y vois la réflexion de mon visage sérieux et de mes yeux perçants. Ils sont là, de l’autre côté, à quelques pas. Je les sens. Même si cette rencontre n’a rien d’une attaque, je sais qu’ils sont armés. Des soldats d’élite aux bras cybernétiques attendent le moindre mouvement suspect de ma part pour bondir au travers du miroir et me démembrer.

Je vous l’ai déjà dit. Je suis futé. Je prends le stylo et remplis tous les documents que la responsable a distribués. Mais je réponds n’importe quoi. Un mélange de réponses aléatoires et de commentaires contraires à ce que je pense réellement. Pas question qu’ils sachent ce qui se passe dans ma tête. Mes réponses ne sont que de mauvaises pistes!

La rencontre se termine quatre-vingt-dix minutes plus tard, dans le calme. La responsable nous remercie et nous souhaite une bonne fin de soirée. Aucune surprise désagréable ne m’attend. Je suis libre de quitter la salle de conférence et les bureaux de l’agence. Je suis presque déçu de ne pas avoir dû faire face à une situation plus dangereuse, un moment critique. Le combat s’est réglé à coups de crayon. Je suis écrivain et j’étais donc en territoire connu. Ils croyaient en apprendre sur moi en me bombardant de questions. Je les ai encore déjoués, cette fois en leur racontant de belles histoires.

Et les petits biscuits étaient délicieux

Alerte rose

Pour la promotion de mes romans, j’ai participé à une sorte de foire rassemblant environ deux-cents exposants. Ma présence à cet évènement était annoncée plusieurs jours à l’avance, leur laissant ainsi largement le temps d’infiltrer l’organisation pour me tendre un piège.

Je savais que mes chances de survies étaient minces. Pour me donner un avantage, j’ai eu l’idée d’inviter tous les gens que je connaissais. L’invitation lançait un message clair: « Venez les voir tenter de me capturer ou m’assassiner. Voyez comment je suis habile pour les déjouer. Assistez à leurs échecs. »

Ça a fonctionné.

Ils n’ont pas été très agressifs. Ils avaient vraiment peur d’avoir l’air ridicule. Je les voyais rôder autour de moi, se mêler à la foule ou se déguiser en exposants. Mais ils hésitaient. Ils ne savaient pas comment s’y prendre. Encore une fois, j’ai été plus futé qu’eux.

Des agents, robots et mutants étaient venus de très loin pour essayer de me capturer. La preuve, quand je m’adressais à l’un d’eux poliment pour parler de mes livres, j’avais souvent la même réponse: « Sorry, I don’t read French. » Ils devaient vraiment venir de loin. La majorité d’entre eux portaient aussi ces ridicules lunettes. Toutes démesurément trop grandes et aux allures rétro-intello-moches, elles étaient en fait des systèmes de caméra sophistiqués pour m’espionner et transmettre les images de moi à leur base secrète sur une autre planète ou dans une autre dimension.

Peu à peu, ils commencèrent à exécuter leur plan terrible… qui allait, bien sûr, connaitre un échec.

D’abord, un grand costaud au style gothique, vêtu de noir et avec les yeux sombres, s’est arrêté devant ma table. J’ai facilement reconnu un éclaireur envoyé par eux. Cet homme, dégageant la virilité avec sa mâchoire carrée et sa barbe de trois jours, portait quelques mèches roses dans ses cheveux, des bas roses dépassaient de ses lourdes bottes et du vernis à ongles rose colorait le bout de ses gros doigts. Ce sont des indices qui ne trompent pas. Je l’ai complètement ignoré.

Une dame s’est ensuite approchée de ma table. Sa longue chevelure bouclée et grisonnante cachait un peu son visage trop maquillé et ses lèvres trop roses. Elle avait le style vestimentaire marginal, bohème. Une sorcière qui venait me jeter un sort. M’adressant d’abord la parole en discutant du thème des secondes de ma série, elle enchaina avec sa formule magique maléfique. Des phrases absurdes à propos de la verticalité du temps et de voyages astraux. Mais le pire, c’était son haleine fétide. Un gaz délétère, vert comme la maladie, s’échappait de sa bouche. En plus de m’ensorceler, elle voulait m’empoisonner avec cette odeur de café pourri. Je n’ai pas écouté. Je n’ai pas respiré. Et je me suis retourné vers une autre personne qui s’était arrêtée devant ma table. La vieille sorcière a échoué.

Plusieurs exposants aidaient à rendre l’ambiance de la foire encore plus festive. Il y avait des ballons et des petits bonbons. Un jeune homme se promenait dans la salle avec un bricolage en styromousse rose. Il s’était fabriqué une maquette grossière de mitraillette. Tous les gens le trouvaient sympathique et souriaient quand il pointait son arme dans leur direction. Pas moi. Dès que j’ai vu le canon s’orienter vers moi, je me suis accroupi. Le rayon mortel invisible percuta mon présentoir de livres, heureusement blindé, et j’ai évité une grave blessure grâce à mes excellents réflexes. Par contre, je crois que ce faisceau de la mort a ricoché et est allé anéantir un autre exposant. Il y avait cette femme à quelques tables de la mienne que je n’ai plus revue de la journée.

Évidemment, ils ne pouvaient abandonner avant de m’avoir envoyé une de leurs charmantes agentes. Il y en avait d’ailleurs beaucoup sur place. Il y avait cette brunette à l’autre bout de la salle, dont le regard intense perçait la foule et venait croiser le mien. Ou l’autre grande, aux cheveux châtains et bouclés, qui avait tenté de m’embusquer à l’entrée le matin de l’évènement. Aucune n’avait vraiment été une menace. Sauf elle.

— Tu voudrais me signer mon livre? me demanda-t-elle avec toutes ces étoiles dans les yeux.

Je n’ai pas bégayé. Mon hésitation ne venait pas du fait que son joli visage m’hypnotisait. Si je me tenais immobile, ce n’était pas parce que je me retenais de l’enlacer sur-le-champ. Mon rythme cardiaque ne s’accélérait pas à cause d’elle. Non. Je venais seulement de réaliser que le livre qu’elle me tendait n’avait pas été acheté ici, à cette foire.

Elle l’avait volé pour s’en servir contre moi.

Je lui ai quand même signé, en me disant que cela pourrait sans doute attirer des gens à ma table. Mais ce n’était que le début de son plan.

— Je pourrais te laisser mon manteau pendant que je continue à faire le tour?

— Aajhhj r hjrh jh oui.

Cette fois, j’ai bégayé. C’est qu’elle avait déjà retiré son manteau. Un chandail rose moulait ses atouts de façon sensuelle et, surtout, convaincante. Elle se pencha pour déposer son manteau sur la chaise derrière moi. Pas que je regardais spécifiquement à cet endroit, mais, à ce moment, je n’ai pu que constater la profondeur de ses charmes.

Elle disparut ensuite dans la foule, me laissant seul avec son manteau. Un simple manteau, pas aussi rose qu’elle, avec un col en fourrure.

Une bestiole carnivore!

C’était ça, son plan! Pendant que j’allais essayer de la retrouver dans la foule, pour avoir la chance de revoir cette beauté magique, la bête poilue ouvrirait sa gueule immense. Ses huit rangées de dents, plus coupantes qu’un rasoir au laser, se refermeraient sur moi. En trois bouchées, je serais disparu, avalé par ce manteau sauvage.

J’ai pris la chaise et je l’ai poussée sous la table! La créature était maintenant prisonnière! Ouf! Quand la jolie agente est revenue, elle savait qu’elle avait échoué. Elle prétexta un parcomètre dont le délai arrivait à échéance et se sauva avec son manteau. Hum. J’ai au moins eu droit à un dernier coup d’oeil à cette silhouette de rêve, qui était toute aussi bien vue de derrière.

La foire se termina et je suis rentré chez moi sain et sauf. J’ai remarqué que les sources de danger avaient toutes été roses. Je me demande si ce n’est qu’une coïncidence ou si je viens de découvrir un indice majeur pour les repérer. D’ici à ce que je puisse vérifier ma théorie, j’ai un conseil.

Attention au rose.

Confrontation double

La soirée était bien avancée et j’avais prévu aller au lit tôt. Les combats que je dois mener contre eux presque chaque jour sont épuisants. Je dois dormir pour être en pleine possession de mes moyens.

Mon ordinateur émit une petite note. Quelqu’un désirait attirer mon attention par le service de messagerie instantanée. Je me demandais bien qui voudrait discuter à cette heure.

Il ne s’agissait pas d’une discussion, mais plutôt d’une invitation à aller prendre un verre. Ce soir. Maintenant. Ce n’était pas normal. Ces deux filles, je les connaissais à peine. Pourquoi voudraient-elles que je leur tienne compagnie?

Il était tard, mais mon cerveau était loin d’être endormi. Ce sont deux charmantes demoiselles. Très charmantes. Et certainement trop charmantes pour vouloir prendre un verre avec un simple écrivain survivant comme moi. Je ne suis pas moche, mais je ne suis pas de leur calibre. Vu la situation inhabituelle et l’implication de deux jolies jeunes femmes, il n’existait bien sûr qu’une seule explication. Ils tentaient encore de s’en prendre à mon point faible en m’envoyant leurs superbes agentes.

Cette fois, j’ai détecté la supercherie rapidement. Je ne me ferais donc pas duper!

— On se rejoint à 23h30 au bar. Ça te convient?

La bonne réponse à cette question était « non ». Il n’y avait aucune raison que je leur donne une occasion supplémentaire de me capturer. Elle ne m’aurait pas!

Par contre, en sachant à l’avance qu’il s’agissait d’un piège, je pouvais m’y rendre préparé, et ainsi avoir la chance d’en apprendre plus sur les tactiques de l’ennemi.

J’ai accepté. Je me sentais en forme pour une confrontation. Malgré l’heure tardive, j’étais même prêt à survivre à une lutte physique. À l’attaque.

Après avoir enfilé ma chemise la plus blindée, je me suis précipité à mon rendez-vous. Mon but était d’arriver bien avant ces agentes pour qu’elles n’aient pas le temps de mettre en place leur embuscade. Quelques minutes de reconnaissance des lieux m’aideraient aussi à mieux utiliser le terrain à mon avantage.

Mais elles sont fortes, et ma soirée ne serait pas aussi facile que je l’aurais cru.

D’abord, elles sont arrivées accompagnées. Au lieu de me mesurer à deux jolies agentes, je devais en plus faire face à un androïde, un robot sophistiqué dont la forme humaine tromperait le commun des mortels.

Ensuite, le bar où elles m’ont donné rendez-vous n’était pas celui où nous irions prendre un verre. J’avais étudié l’endroit pour rien. La destination était un autre bar qui m’était totalement inconnu.

J’aurais dû refuser l’invitation. Ce que je croyais être une preuve de courage s’avérait n’être que de la témérité, voire de la stupidité. Je me dirigeais tout droit dans la gueule du loup. Et impossible de fuir. Un androïde m’avait comme cible. Je ne pourrais jamais échapper à son death ray, ce rayon de la mort qui me désintègrerait en une fraction de seconde. J’étais totalement à la merci des deux agentes.

Quand je suis entré dans le bar, j’ai craint ne plus jamais en ressortir. J’entrais dans le pire de mes cauchemars, un délire onirique tellement réel qu’il semble fracturer la réalité. Cette fois, il n’y aurait pas de réveil-matin pour m’en libérer. J’aurais voulu prier pour qu’on vienne me libérer, mais, dans leur repère, aucun saint ne viendrait à mon secours. Adieu.

J’avais à peine fait deux pas à l’intérieur qu’une créature mi-humaine mi-terrienne me confisqua mon manteau. Une couche protectrice de moins. À travers de la forte musique, j’entendais des exclamations et des cris. Un frisson me grelota la nuque. Tous ces pauvres gens que j’entendais souffrir, qui appelaient à l’aide pour qu’on abrège leurs tortures. Je ne pouvais rien faire pour eux. Death ray, le robot, montait la garde. J’étais à un faux mouvement de devenir poussière.

— Qu’est-ce que tu bois? me demanda-t-il

Sa voix était une imitation parfaite de la voix humaine.

— Rien, répondis-je.

— Allez… Je te l’offre!

C’était prévisible qu’il me l’offre! Une boisson droguée! Cependant, le regard électronique ne me donna pas le choix d’accepter. Je préférais mourir plus tard.

Ce soir, ils tentaient vraiment le tout pour le tout. En plus de la drogue qui devait se trouver dans mon cocktail de boisson gazeuse et de jus de fruits, ils avaient mis des pailles! Elles avaient été placées sur le côté du verre exactement au bon endroit pour me crever un oeil quand j’allais prendre une gorgée! Je les ai enlevées assez vite! Pas question de mourir borgne!

Quelques minutes passèrent. Rien. Aucune attaque. La drogue empoisonnée ne faisait pas encore effet. Les deux agentes tentaient de me faire la conversation, mais je ne répondais pas. Je n’avais rien d’intéressant à leur dire. L’androïde, à cause d’un vice de programmation ou dans le but d’une diversion, me parlait sans cesse. Bizarrement, il ne niait aucunement ses origines robotique. Il ne cachait pas ses mouvements mécaniques saccadés et s’adressait à moi comme « les gens de votre peuple ». Cela m’inquiétait de voir tant de confiance de la part d’un des leurs.

Après quelques minutes de plus, durant lesquelles j’observais à défaut de fuir, une information importante m’est apparue. Chaque fois que j’ai rencontré une de leurs jolies agentes, elle était seule.

C’est parce qu’elles ne travaillent pas en équipe.

La plus petite des deux était en période d’entrainement. Je comprenais maintenant pourquoi elle était moins offensive. Et plus elles ont de pouvoirs, plus elles sont grandes. J’avais devant moi une agente très grande et, donc, très puissante, aux ressources insoupçonnées, avec des capacités d’ensorceleuse phénoménales. D’ailleurs, ses yeux perçants cherchaient ardemment à m’hypnotiser. Je résistais, mais à peine.

Death Ray déposa un autre verre devant moi. Une nouvelle dose de boisson droguée. J’ai une forme physique incroyable, ce qui fait en sorte qu’ils doivent insister pour m’empoisonner. Il était rendu très tard et je me tenais toujours debout. Elle décida alors de changer de stratégie et se leva. Elle et son apprentie m’invitèrent à danser.

Quelle idée ingénieuse de m’épuiser physiquement! Je dois avouer que j’avais une adversaire expérimentée. Ils m’avaient envoyé l’élite de leur armée. Je me sentais presque honoré de savoir que, quand j’allais succomber, ce serait entre ses mains.

Pas si vite! Je n’avais pas encore dit mon dernier mot. Une possibilité de fuite s’ouvrait à moi. J’avais bu deux verres, et il était donc logique d’avoir à soulager ma vessie. Excellent plan!

Les deux agentes ondulaient sur la piste de danse. Une chorégraphie de prédateurs dont les mouvements sensuels ne servent qu’à envouter leur proie. Fluidité, grâce, passion… douceur… volupté… regards… caresses… lèvres… courbes…

Urine! Je devais me concentrer sur mon plan! U-ri-ne. Je me suis donc excusé et dirigé vers les toilettes.

Un pas et demi plus tard, robotron-rayon-de-la-mort se dressait devant moi. Oups. Je n’avais pas vraiment envie, mais, à ce moment précis, j’ai failli mouiller mon pantalon. Plan échoué. Re-adieu.

Je me suis assis sur un tabouret, la tête baissée en signe de soumission. Elle cessa de danser et s’avança vers moi, l’apprentie immédiatement derrière. L’androïde restait debout près de moi. La fin arrivait.

— Je dois partir, annonça Death Ray.

Un portier tout en muscle se tenait derrière lui, les bras croisés, la mine sérieuse.

— Il y a eu un malentendu et je dois quitter le bar, expliqua-t-il.

Le portier venait à ma rescousse! Les portiers viennent toujours à ma rescousse! Il escorta le robot hors de ma vue, hors du bar, hors de danger. Juste à temps! Pas de désintégration pour moi ce soir! Ou plutôt cette nuit… Il était tellement tard que l’heure de la fermeture du bar arriva! J’allais pouvoir sortir sain et sauf!

Elle n’avait pas l’air très heureuse de cette situation. La petite non plus. Moi, je me retenais pour rire. Quand nous sommes sortis, j’ai inspiré une grande bouffée d’air de victoire.

— Death Ray, où es-tu? criaient-elles.

Et, pendant qu’elles partaient à la recherche du robot disparu, je m’enfuyais dans la nuit…

Je demeure toutefois un peu inquiet à savoir si ces boissons douteuses ne me causeront pas d’ulcères explosifs qui finiront par m’achever. C’est à suivre. Pour l’instant, il n’y a qu’une chose qui compte.

Elle ne m’a pas eu!

À un cheveu de tomber

L’autobus est plein de gens qui se rendent au travail, comme à n’importe quelle heure de pointe. J’ai la chance d’avoir une place assise, donc j’en profite pour lire le journal. Les nouvelles sont toujours aussi ennuyeuses et, surtout, mauvaises. Des histoires négatives, ça m’énerve. Moi, je réussis à m’en sortir tous les jours. Je vois toujours le côté positif des choses, même s’ils s’acharnent sur moi. Je ne baisse pas les bras, et je souris. Les journalistes devraient en faire autant.

Déçu de ma lecture, je lève les yeux. Les passagers debout se tiennent à la barre horizontale passant au-dessus de moi, et tout ce que j’aperçois, c’est une suite d’aisselles. Je trouve que ça ferait une belle affiche pour la promotion d’un antisudorifique. Impossible d’empêcher le petit sourire que cette image provoque. Voyez-vous, j’ai un peu d’imagination et de petits scénarios cocasses jaillissent parfois dans mon esprit. Cela me fait rire et m’aide à oublier la triste réalité, avec eux qui me traquent sans cesse.

Parlant de sourire… Qu’est-ce qu’il me veut celui-là?

La suite de dessous-de-bras est interrompue par un visage. Une paire d’yeux dans ma direction. Un sourire. Un jeune homme suffisamment petit pour permettre à son regard de se faufiler sous les aisselles jusqu’à moi. En fait, sa petite taille aurait permis aux autres passagers d’utiliser sa tête comme appui-bras. Sa tête chauve.

Mais qu’est-ce qu’il me veut?

Je me tourne un peu et regarde à l’extérieur. Des voitures passent sur la rue, quelques personnes marchent sur le trottoir. Le mercredi matin se lève gris.

Il me regarde encore, avec un sourire en coin. J’ai presque l’impression qu’il voudrait me parler. Peut-être est-ce une vieille connaissance dont j’ai oublié l’existence? Un fan de ma série de romans? J’aimerais savoir… mais il reste muet. Silencieux. Aucune parole.

Petit, chauve, sans conversation.

C’en est clairement un.

Mon rythme cardiaque s’accélère. Mais à peine. Je suis quand même habitué de les affronter. Et dans un autobus bondé, il y a beaucoup trop de témoins pour que je m’inquiète. Je me suis retrouvé dans des situations bien pires.

Il y a tout de même quelque chose de louche. Je ne dois donc pas le quitter des yeux. Mes muscles sont légèrement contractés, mes oreilles attentives analysent le moindre son suspect. L’autobus ralentit à l’approche d’un arrêt. J’entends le froissement de vêtements des gens se préparant à descendre. Je ressens l’agitation de ceux qui essaient de se glisser entre les passagers jusqu’à la porte. Je remarque le…

Exclamations subites. Bruit lourd de catastrophe.

Des gens tombent depuis l’arrière de l’autobus, comme une avalanche horizontale. La bousculade, l’empilade, l’effet domino se rendent jusqu’à moi. SUR moi. Par réflexe, j’esquive de justesse un coude se dirigeant vers ma mâchoire, ainsi que le coin d’une mallette volant dangereusement vers le côté de ma tête. J’encaisse un coup de genou dans les côtes et me fais écrabouiller le petit orteil du pied droit. Des blessures mineures. Si je n’avais pas été sur mes gardes, je me serais sans doute fait assommer.

Le chauve n’a pas bougé, gardant son regard toujours orienté vers moi et le même sourire aux lèvres. Mais j’entends un rire. Un genre de fou rire, inapproprié. Une jeune femme, assise à l’arrière, a les deux jambes bien tendues dans l’allée. C’est elle qui a fait trébucher les passagers. Elle est la cause de cette réaction en chaine ayant pour but de me blesser.

Ils ont échoué. Je suis encore plus vite qu’eux.

Les passagers entremêlés se relèvent avec peine. Misant sur la confusion, je me lève d’un bond et me précipite par la porte ouverte de l’autobus qui venait d’arriver à son arrêt. Je plonge à l’extérieur et atterris dans l’herbe en culbutant. D’autres gens sortent derrière moi, mais le petit chauve et son assistante restent à bord. Je leur ai échappé.

J’imagine ce qui se serait passé si je n’avais pas eu d’aussi bons réflexes. Ils seraient sortis de l’autobus main dans la main, trainant ma carcasse inerte derrière eux. Ils auraient souligné le succès de leur mission en s’embrassant au-dessus de mon cadavre. Une grande célébration aurait eu lieu pour leur victoire. Ha! Ha!

Pas de célébration pour eux. Mais une célébration pour moi.

Ça commence bien une journée.