À un cheveu de tomber

L’autobus est plein de gens qui se rendent au travail, comme à n’importe quelle heure de pointe. J’ai la chance d’avoir une place assise, donc j’en profite pour lire le journal. Les nouvelles sont toujours aussi ennuyeuses et, surtout, mauvaises. Des histoires négatives, ça m’énerve. Moi, je réussis à m’en sortir tous les jours. Je vois toujours le côté positif des choses, même s’ils s’acharnent sur moi. Je ne baisse pas les bras, et je souris. Les journalistes devraient en faire autant.

Déçu de ma lecture, je lève les yeux. Les passagers debout se tiennent à la barre horizontale passant au-dessus de moi, et tout ce que j’aperçois, c’est une suite d’aisselles. Je trouve que ça ferait une belle affiche pour la promotion d’un antisudorifique. Impossible d’empêcher le petit sourire que cette image provoque. Voyez-vous, j’ai un peu d’imagination et de petits scénarios cocasses jaillissent parfois dans mon esprit. Cela me fait rire et m’aide à oublier la triste réalité, avec eux qui me traquent sans cesse.

Parlant de sourire… Qu’est-ce qu’il me veut celui-là?

La suite de dessous-de-bras est interrompue par un visage. Une paire d’yeux dans ma direction. Un sourire. Un jeune homme suffisamment petit pour permettre à son regard de se faufiler sous les aisselles jusqu’à moi. En fait, sa petite taille aurait permis aux autres passagers d’utiliser sa tête comme appui-bras. Sa tête chauve.

Mais qu’est-ce qu’il me veut?

Je me tourne un peu et regarde à l’extérieur. Des voitures passent sur la rue, quelques personnes marchent sur le trottoir. Le mercredi matin se lève gris.

Il me regarde encore, avec un sourire en coin. J’ai presque l’impression qu’il voudrait me parler. Peut-être est-ce une vieille connaissance dont j’ai oublié l’existence? Un fan de ma série de romans? J’aimerais savoir… mais il reste muet. Silencieux. Aucune parole.

Petit, chauve, sans conversation.

C’en est clairement un.

Mon rythme cardiaque s’accélère. Mais à peine. Je suis quand même habitué de les affronter. Et dans un autobus bondé, il y a beaucoup trop de témoins pour que je m’inquiète. Je me suis retrouvé dans des situations bien pires.

Il y a tout de même quelque chose de louche. Je ne dois donc pas le quitter des yeux. Mes muscles sont légèrement contractés, mes oreilles attentives analysent le moindre son suspect. L’autobus ralentit à l’approche d’un arrêt. J’entends le froissement de vêtements des gens se préparant à descendre. Je ressens l’agitation de ceux qui essaient de se glisser entre les passagers jusqu’à la porte. Je remarque le…

Exclamations subites. Bruit lourd de catastrophe.

Des gens tombent depuis l’arrière de l’autobus, comme une avalanche horizontale. La bousculade, l’empilade, l’effet domino se rendent jusqu’à moi. SUR moi. Par réflexe, j’esquive de justesse un coude se dirigeant vers ma mâchoire, ainsi que le coin d’une mallette volant dangereusement vers le côté de ma tête. J’encaisse un coup de genou dans les côtes et me fais écrabouiller le petit orteil du pied droit. Des blessures mineures. Si je n’avais pas été sur mes gardes, je me serais sans doute fait assommer.

Le chauve n’a pas bougé, gardant son regard toujours orienté vers moi et le même sourire aux lèvres. Mais j’entends un rire. Un genre de fou rire, inapproprié. Une jeune femme, assise à l’arrière, a les deux jambes bien tendues dans l’allée. C’est elle qui a fait trébucher les passagers. Elle est la cause de cette réaction en chaine ayant pour but de me blesser.

Ils ont échoué. Je suis encore plus vite qu’eux.

Les passagers entremêlés se relèvent avec peine. Misant sur la confusion, je me lève d’un bond et me précipite par la porte ouverte de l’autobus qui venait d’arriver à son arrêt. Je plonge à l’extérieur et atterris dans l’herbe en culbutant. D’autres gens sortent derrière moi, mais le petit chauve et son assistante restent à bord. Je leur ai échappé.

J’imagine ce qui se serait passé si je n’avais pas eu d’aussi bons réflexes. Ils seraient sortis de l’autobus main dans la main, trainant ma carcasse inerte derrière eux. Ils auraient souligné le succès de leur mission en s’embrassant au-dessus de mon cadavre. Une grande célébration aurait eu lieu pour leur victoire. Ha! Ha!

Pas de célébration pour eux. Mais une célébration pour moi.

Ça commence bien une journée.

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6 commentaires sur “À un cheveu de tomber

  1. Tu es certain de ton affirmation « de petits scénarios cocasses jaillissent parfois dans mon esprit. » ??? héhé.

    Le petit chauve, ce devait être le Célibataire Endurci au centre d’une convention de géant 😉 Lui, il t’a reconnu ! Go Endurci Go !

  2. Et c’est pas Dark qui aurait étendu les jambes par hasard? Ca lui ressemble bien!

    Heureusement que tu es vif d’esprit et agile comme un chat! 😀

  3. Ben non, je ne suis pas un PETIT chauve, je suis juste chauve. Pis je ne souris pas aux gens dans l’autobus. Surtout pas à des gars…

    En fait, c’est un confère (Confrérie des Chauves du Québec) que j’ai envoyé pour espionner MDB, ne pouvant le faire moi-même…

  4. Je viens de découvrir ton blogue…. j’espère simplement que tu resteras assez longtemps loin d’eux pour que je puisse continuer à te lire !!

  5. @Mazsellan: Oui, je suis certain. D’ailleurs, je songe à créer un blogue où j’exposerais ces petites situations fictives. Je crois que ça serait rigolo.

    @Onirique: Oh. Vous la connaissez. Vous êtes une des leurs, ou vous lui avez échappé?

    @Célibataire: Vous me flattez. Vous avez si peur d’échouer que vous envoyez d’autres faire le travail à votre place.

    @La factrice: Ne vous en faites pas. Je suis de plus en plus expérimenté, et je suis loin de commencer à m’essoufler.

    @Dark: Merci de me le rappeller. Je serai plus prudent. Et si c’était bien vous dans l’autobus, comme le suggère Onirique, je vous envoie mon pied de nez le plus gracieux.

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