Bilan

Je les ai déjoués tout au long de l’année. Je ne prétends pas être meilleur, plus agile ou plus intelligent que personne. Mais je suis plus futé qu’eux. En fait, la seule chose que je crois avoir de plus que quelqu’un d’autre, c’est que, moi, je sais qu’ils existent. Je sais les reconnaitre avant qu’il ne soit trop tard.

Je suis fier de ce que j’ai accompli. J’ai survécu à toutes leurs attaques. Aucun poison ne fut assez puissant pour m’achever. Aucun piège n’était trop élaboré pour m’empêcher d’y échapper. Aucune attaque, quelle qu’en soit la forme, ne s’est avérée suffisamment bien planifiée pour mener à ma capture. Les créatures qu’ils m’ont envoyées n’ont pas trouvé de faille dans ma défense. Et même elle n’a pas réussi à me duper.

Je dois continuer d’être vigilant. Tant qu’ils ne seront pas encore vaincus, je continuerai à être leur cible. Chaque fois que je leur échappe, une chose est toujours certaine.

Oui, nous nous reverrons.

Ce n’est qu’un au revoir.

Carotte polaire

Je vois des étoiles. Je ne pensais pourtant pas m’être cogné la tête aussi fort. En plus, je n’ai même pas mal. Les vêtements d’hiver agissent comme couche protectrice pouvant amortir des coups, mais j’ai aussi une très haute tolérance à la douleur. Est-ce que je suis brisé? Comment me suis-je ainsi retrouvé étendu sur le dos?

Je marchais. La neige couinait sous mes lourdes bottes. Chaque pas croustillait et mes semelles laissaient des traces bien visibles dans la croute blanche de la rue. Oui, la rue. Je suis loin de la ville, et ces rangées de maisons unifamiliales ne sont pas bordées de trottoirs.

Tout à coup, le sol a disparu de sous mes pieds, comme si j’essayais d’apprendre à voler.

Et quand il est réapparu, une fraction de seconde plus tard, c’était pour me percuter le dos, les fesses, la tête.

Je vois des étoiles. Étendu de travers au bord de la rue, je vois le ciel nocturne, partiellement couvert de filets nuageux. Il n’y a pas que dans le ciel que tout scintille. Les décorations du temps des fêtes clignotent en cascade, en rafale ou en harmonie, au rythme d’une musique inaudible. Un léger vent fait danser quelques tourbillons de neige folle, donnant l’impression qu’un troupeau de minuscules diamants tentent de s’envoler.

J’ai simplement marché sur une plaque de glace, invisible sous une mince couche de neige poudreuse. Phénomène tout à fait normal à cette période de l’année. Je me relève et constate que je ne suis même pas blessé.

Un bonhomme de neige me regarde, avec un sourire narquois gravé dans le bloc de neige qui lui sert de tête. Dans ses yeux, deux cailloux irréguliers, brille une lueur d’intelligence maléfique. Son bras en forme de branche d’arbre est terminé par un vieux gant qui m’envoie un doigt d’honneur.

C’est lui qui a mis la plaque de glace.

J’ai survécu à son piège, mais, maintenant, le rayon désintégrateur caché dans son nez en carotte vise dans ma direction. Sous sa tuque démodée se cache un microprocesseur dont le seul but est de calculer la trajectoire optimale du faisceau mortel pour maximiser les dégâts. Je suis à quelques secondes de devenir une neige poudreuse.

Je plonge de côté pour me mettre à couvert derrière la butte de neige accumulée près d’un espace de stationnement. Mais je ne suis pas à l’abri.

De l’autre côté de la rue, un immense Père Noël gonflable observe mes moindres gestes. Sa tête illuminée ondule de droite à gauche, comme pour me dire que je ne peux leur échapper. D’ailleurs, un traineau est stationné à proximité, prêt à recevoir mes restes et les apporter à des lutins cannibales affamés. Si j’explose un peu trop, des boites multicolores serviront à transporter tous mes morceaux. Une créature démoniaque, avec des cornes acérées et une flamme écarlate brulant au bout de son nez, se lancera à ma poursuite si je tente de me sauver. Et même si je pouvais courir plus vite que cette bête, des missiles à tête chercheuse, rappelant la forme d’un sapin, m’intercepteront et feront de moi l’intérieur creux d’un cratère. Que dire de cette météo qui est aussi sous leur contrôle. Ce froid intense sert en fait à me cryogéniser si je décide de me cacher en espérant du renfort.

Coincé, je ne vois qu’une option.

Je dois désactiver le robotnhomme de neige.

C’est l’option la plus dangereuse, je sais, mais c’est celle que j’ai le plus de chance de réussir. Et je dois agir vite, avant que son foulard téléguidé se détache de son corps et vienne m’attacher ou m’étrangler.

Je ramasse une motte de neige dure et, lentement, sors la tête de derrière la butte où je me suis tapi. La créature me regarde encore, sa dangereuse carotte orientée vers moi. Des lumières rouges clignotent derrière. Alerte, alerte! J’entends, au loin, leur cri de ralliement. Ho, ho, ho. L’air froid, à l’odeur de bois de chauffage et de cuisine de grand-mère, transporte ses effluves empoisonnés jusqu’à mes narines gelées.

J’ai une brève pensée pour ma famille qui pourrait ne pas me revoir à Noël, et ça suffit à me faire oublier que je suis un pacifiste. Je passe alors à l’attaque. D’un mouvement rapide, je lance la motte comme s’il s’agissait d’un caillou. Mon tir précis laisse une trainée poudreuse et ma comète atteint la tête du bonhomme de neige. Le coup n’est peut-être pas fatal, mais suffit à l’ébranler et il ne réplique donc pas.

Un éclat de surprise apparait dans les yeux du Père Noël gonflable et ceux de sa créature cornue. Mon offensive s’avère donc une bonne option.

Je lance alors d’autres mottes de neige et morceaux de glace. Je suis une mitraillette hivernale. Le bonhomme de neige n’a aucune chance. Un de ses bras est arraché. Il perd un oeil. Sa tuque est décrochée.

Mais la carotte à désintégration est d’une fabrication beaucoup trop solide pour résister à mes attaques. Le canon orange est encore en état de marche.

Sans perdre une fraction de seconde pour réfléchir, je charge. Je franchis le banc de neige en deux puissantes enjambées. Mes bottes s’enfoncent ensuite dans la neige crouteuse du terrain, sans toutefois me ralentir. Je suis tellement rapide que ma course semble s’être effectuée pendant le court délai entre deux clignotements de lumières multicolores. Même la neige poudreuse soulevée par mes pas rapides reste en suspension.

L’impact est solide. Tel un joueur de football américain, j’ai baissé la tête et frappé ma cible à la poitrine avec mon épaule. Le pauvre bonhomme est arraché de ses jambes rondes et s’effondre sur le sol. Je le plaque au sol dans une explosion de neige.

Ils essaient de me faire suffoquer en m’envoyant une bouffée d’air glacial dans les poumons. Des flocons épineux cherchent à me crever les yeux. Des frissons artificiels se déroulent dans ma nuque. De la poudre blanche empoisonnée s’immisce dans tous mes orifices. Un sable mouvant nordique est en train de m’avaler.

Je la tiens. La carotte polaire.

Je lève le bras vers le ciel en la tenant fermement, comme si je présentais mon trophée aux étoiles de la nuit. Le froid invisible relâche alors son emprise et accepte ma victoire. Je m’époussète le visage et me relève, sans cesser de la brandir. Le Père Noël et son armée de soldats gonflables ne bougent plus. Certains se sont même cachés derrière des sapins. Ils ont peur. Et avec raison.

À mes pieds, il ne reste pratiquement plus rien du pauvre bonhomme de neige. Les viscères de cette créature robotique sont éparpillées, ou plutôt, saupoudrées un peu partout. J’ai anéanti mon adversaire de façon très efficace et ils ont peur de subir le même sort.

Je regagne la rue en tenant la carotte bien haut. Le vent s’enfuit avec quelques flocons. Je fais quelques pas fiers dans la neige grinçante et casse la carotte en deux, d’un geste assuré aux airs de défi. Je laisse ensuite tomber les morceaux et continue à marcher, sans me retourner. Une petite mélodie de Noël se faufile jusqu’à mes oreilles. Dans le ciel, une étoile me fait un clin d’oeil.

Malgré la situation extrême dans laquelle je me suis retrouvé, j’ai encore survécu.

Ça doit être cela, le miracle de Noël.

Salon de torture

Ce matin-là, j’avais décidé de commencer la journée en allant me faire couper les cheveux. Je suis entré dans le salon de coiffure avec comme seule préoccupation la coupe que j’allais demander. L’air sentait la teinture et le fixatif. Et le parfum. Au moins, ce n’était pas les vapeurs d’un gaz paralysant… à moins que…

J’ai retenu ma respiration. Trop tard. L’odeur louche s’était déjà immiscée dans mes narines. Je ne pouvais plus rebrousser chemin.

— Dirigez-vous vers l’arrière du salon, m’ordonna la jolie coiffeuse d’un sourire étincelant. C’est ma collègue qui vous lavera les cheveux.

Méfiant, j’ai marché len-te-ment. J’étais convaincu que le plancher se serait ouvert sous mes pieds et que je serais tombé dans un trou profond, au fond duquel m’attendait une créature sanguinaire venue d’une autre galaxie. Le plancher resta cependant plat et solide, mais cela ne me rassura guère. Le piège serait simplement activé une autre fois.

Je me suis installé au lavabo, la tête penchée vers l’arrière. La collègue de ma coiffeuse commença à mouiller mes cheveux et à faire mousser le shampoing. J’ai fermé les yeux. Très fort. Tellement, que je suppose que mon visage entier devait être tout plissé. Je ne voulais pas recevoir de liquide dans un oeil. La plomberie du salon devait être reliée à un réservoir de produits chimiques, et le moindre contact avec l’eau m’aurait aussitôt dissout la rétine ou flétri la cornée. Je ne pourrais plus lutter si je devenais aveugle. Ce n’était toutefois pas la seule raison de maintenir les paupières fermées. En se penchant au-dessus de moi, la collègue tentait de m’hypnotiser en me présentant son décolleté et ses plantureux trésors enveloppés de dentelle rose. Je ne devais pas perdre ma concentration. La situation était bien trop dangereuse.

Une fois le lavage terminé, on m’a emballé le crâne dans une serviette. Le tissu, des fibres électro-psioniques, servaient à brouiller mes pensées. L’effet fut instantané. J’ai perdu ma concentration importante et toutes les employées du salon de coiffure m’apparurent plus sexy les unes que les autres. Les chandails étaient trop serrés ou les blouses trop détachées ou les pantalons trop moulants. Je me trouvais aux pages centrales d’un magazine d’intérêts masculins. J’ai marché jusqu’au fauteuil comme un somnambule engourdi, presque la bave aux lèvres, et oubliant complètement le dangereux plancher. Par chance, dès que je me suis assis, la serviette a été retirée et j’ai pu me concentrer sur autre chose que les corps féminins qui m’entouraient sensuellement.

Mais ce n’était pas mieux. Je me suis retrouvé prisonnier sous une cape, une cage en toile qui ne laissait dépasser que ma tête et le bout de mes pieds. J’étais immobilisé, incapable de me dégager de ce filet imprévu.

La coiffeuse commença alors à me couper les cheveux. Après deux minutes, elle n’avait pas encore tenté de me déchiqueter le globe oculaire à coups de peigne. J’essayais malgré tout de protéger mes yeux derrière mes paupières en les gardant fermés autant que possible et, en même temps, j’essayais de garder mon attention sur ses armes et ses attaques en les laissant ouverts le plus grand possible. Une contradiction assez difficile à effectuer.

Les coups de ciseaux cliquetaient sauvagement autour de ma tête. Le danger s’apparentait à si j’avais plongé la tête dans un malaxeur. Une de mes oreilles, ou même les deux, pouvait être élaguée à chaque seconde. Mais son intention n’était pas de me découper de cette façon.

Elle sortit un rasoir d’un tiroir de sa commode. Une vraie lame, brillante et tranchante. D’un geste assuré témoignant de son expérience, elle appuya la lame contre ma nuque et y alla ensuite de petits mouvements secs. J’étais toujours immobilisé, à sa merci, et je ne pouvais que la laisser m’éplucher la peau du cou. Mais elle ne fit que raser les quelques poils superflus.

Toutes les occasions de me dépecer s’étaient présentées à elle. Je ne comprenais pas pourquoi elle n’en avait pas encore profité. J’étais toujours en un seul morceau. Indemne.

— Je vous mets du gel?

En posant sa question, la coiffeuse avait tendu le bras pour ramasser le contenant de gel coiffant. Bien que sa phrase se soit terminée sur une note interrogative, ce mouvement indiquait que je n’avais pas vraiment de choix à faire.

Elle voulait enduire mon crâne d’une lotion moulante pour prendre l’empreinte de ma boite crânienne. Ils reproduiraient ensuite mon cerveau en laboratoire pour étudier mon comportement. Cela expliquait pourquoi ils ne m’attaquaient pas aujourd’hui. Dès qu’ils seraient mis au courant de ce qui passait dans ma tête, le prochain affrontement tournerait à leur avantage.

— NON! m’écriai-je.

La puissance de mon cri se transmit dans mon bras et j’ai réussi à me défaire de l’emprise de la cape neutralisante. D’un mouvement vif, j’ai attrapé le poignet de la coiffeuse juste avant qu’elle ouvre le contenant de gel cerebro-plastifiant.

Je n’aime pas les toucher. J’ai toujours peur d’entrer en contact avec des épines rugueuses ou des écailles froides. Cette fois, la peau était cependant douce et chaude. La sensation agréable m’aurait presque donné envie d’y frotter la joue. Caresser cette douceur délicatement…

Elle se dégagea en faisant un pas vers l’arrière. Son regard terrorisé visa chacune de ses collègues à la recherche de réconfort.

— Peut-être seulement un coup de séchoir? tenta-t-elle d’une voix tremblante.

Et me faire ioniser les neurones, démagnétiser le cortex ou liquéfier le cervelet?

Je me suis arraché de mes liens et me suis levé. La cape voleta une brève seconde et il neigea des cheveux dans toutes les directions. Surprises, toutes les employées du salon de coiffure cessèrent de bouger, de parler et de respirer. Un peigne tomba sur le sol. Un pinceau enduit de teinture dégoutta sur l’épaule d’une cliente. Un rasoir électrique vibrait dans le néant.

Je me suis précipité à l’extérieur. Avant de sortir, j’ai jeté une poignée de billets près de la caisse, un montant beaucoup plus élevé que celui de la coupe. Il s’agissait sans doute du plus généreux pourboire que la coiffeuse avait reçu de toute sa carrière. Ce n’était toutefois pas mon argent qu’elle convoitait.

Mais moi, grâce à ma nouvelle coiffure plus aérodynamique, j’étais déjà loin.

Tag…

Je sais que cette tag ne sert qu’à confirmer les informations qu’ils ont déjà sur moi. Je n’ai pas peur.

J’espère que ces autres blogueurs où j’ai vu cette tag ne se feront pas capturer… (Dark, CindyLou, Stephane…)

Alors voilà, ce qui me concerne est en caractèrs gras et en bleu.

1. Started my own blog
2. Slept under the stars
3. Played in a band (à l’école et le jeu Rock Band :P)
4. Visited Hawaii
5. Watched a meteor shower
6. Given more than I can afford to charity
7. Been to Disneyland/world
8. Climbed a mountain (Mont-Royal?)
9. Held a praying mantis
10. Sung a solo
11. Bungee jumped
12. Visited Paris
13. Watched lightning at sea
14. Taught myself an art from scratch (écriture)
15. Adopted a child
16. Had food poisoning (un jus Snapple aux fraises)
17. Walked to the top of the Statue of Liberty (je l’ai vue quelques fois, de loin)
18. Grown my own vegetables (ciboulette et moisissure sur un mur…)
19. Seen the Mona Lisa in France (et j’ai été déçu. « C’est juste ça! »)
20. Slept on an overnight train
21. Had a pillow fight (et j’ai perdu)
22. Hitchhiked (avec un bâton de hockey en plus!)
23. Taken a sick day when you’re not
24. Built a snow fort
25. Held a lamb
26. Gone skinny dipping
27. Run a Marathon (la course du Montréal souterrain de 5km…)
28. Ridden in a gondola in Venice
29. Seen a total eclipse
30. Watched a sunrise or sunset
31. Hit a home run
32. Been on a cruise
33. Seen Niagara Falls in person
34. Visited the birthplace of my ancestors (la Ville de Paul Chomedey de Maisonneuve, Neuville-sur-seine,  ça compte puisqu’il est le fondateur de mon Montréal!)
35. Seen an Amish community
36. Taught myself a new language (Deutsch. Ja!)
37. Had enough money to be truly satisfied (et j’ai alors quitté mon emploi… c’était le bon temps)
38. Seen the Leaning Tower of Pisa in person
39. Gone rock climbing
40. Seen Michelangelo’s David
41. Sung karaoke (plus jamais! sauf le jeu Rock Band…)
42. Seen Old Faithful geyser erupt
43. Bought a stranger a meal at a restaurant (Une blind date, ça compte?)
44. Visited Africa
45. Walked on a beach by moonlight
46. Been transported in an ambulance
47. Had my portrait painted (même pas! incroyable considérant toutes mes années avec une artiste peintre…)
48. Gone deep sea fishing
49. Seen the Sixtine Chapel in person
50. Been to the top of the Eiffel Tower in Paris (naaann… Je l’ai vu d’en-dessous mais j’y suis pas monté)
51. Gone scuba diving or snorkeling
52. Kissed in the rain (ça doit, mais je m’en souviens pas spécifiquement)
53. Played in the mud
54. Gone to a drive-in theater
55. Been in a movie (2 entrevues télés, ça compte?)
56. Visited the Great Wall of China
57. Started a business
58. Taken a martial arts class
59. Visited Russia
60. Served at a soup kitchen
61. Sold Girl Scout Cookies
62. Gone whale watching
63. Got flowers for no reason (je suis un gars quand même!)
64. Donated blood, platelets or plasma
65. Gone sky diving
66. Visited a Nazi Concentration Camp (ouf!)
67. Bounced a check
68. Flown in a helicopter
69. Saved a favorite childhood toy
70. Visited the Lincoln Memorial
71. Eaten caviar
72. Pieced a quilt
73. Stood in Times Square
74. Toured the Everglades
75. Been fired from a job
76. Seen the Changing of the Guards in London
77. Broken a bone
78. Been on a speeding motorcycle.
79. Seen the Grand Canyon in person
80. Published a book (DEUX! le troisième s’en vient…)
81. Visited the Vatican
82. Bought a brand new car (nan! c’était un vieux tas de ferrailles)
83. Walked in Jerusalem
84. Had my picture in the newspaper
85. Read the entire Bible (en train de le faire… zzzzzzz)
86. Visited the White House
87. Killed and prepared an animal for eating
88. Had chickenpox
89. Saved someone’s life
90. Sat on a jury
91. Met someone famous
92. Joined a book club
93. Lost a loved one
94. Had a baby
95. Seen the Alamo in person
96. Swam in the Great Salt Lake
97. Been involved in a law suit
98. Owned a cell phone
99. Been stung by a bee
100. Ridden an elephant

Réflexion irréfléchie

Je colle l’étiquette avec mon prénom sur ma poitrine, comme le font les neuf autres participants. Le groupe se rend à une salle de conférence et je le suis en silence.

— Assoyez-vous où vous voulez, à l’exception de la chaise au bout de la table.

J’entre le dernier dans la pièce et je n’ai donc pas le choix d’une place. Le seul siège libre est situé à côté de celui réservé. Ça ne me dérange pas, une place ne semble pas meilleure qu’une autre. Je m’y assois sans attendre… J’avais hâte à cette rencontre!

C’est la première fois que je participe à un groupe de discussion. L’agence de sondage et de recherche qui m’a contacté m’a posé plusieurs questions pour s’assurer que j’avais le profil recherché. L’entrevue téléphonique fut brève, mais assez pointue. On s’est informé sur mon travail, et l’on a vérifié ma réaction à des questions inattendues. Après m’avoir annoncé que j’étais sélectionné, on m’a envoyé un courriel et téléphoné à nouveau pour s’assurer et se ré-assurer de ma présence. Présence qui était très importante, comme on me l’a répété à plusieurs reprises. J’étais curieux de savoir quel produit requérait autant mon opinion.

La responsable du groupe entre dans la salle de conférence et referme la porte derrière elle. Je la regarde rejoindre son siège réservé d’un oeil et, de l’autre, j’analyse le contenu d’une petite assiette posée au centre de la table. Il y a quelques biscuits et j’ai justement envie d’une collation. Ils sont empilés de façon ordonnée, classés par forme, par texture. Me laisserais-je tenter par celui en forme de fleur? Ou par un autre recouvert de scintillants cristaux de sucre? Peut-être les deux? L’autre vrillé m’a l’air tout aussi appétissant. Chocolat. Miam.

— … des micros au plafond enregistrent la discussion et des observateurs se trouvent derrière ce miroir…

Ma faim disparait aussitôt. La responsable explique le déroulement de la rencontre. On m’observera et m’écoutera. On m’analysera. Un rat de laboratoire qu’on étudie. Pas besoin de réfléchir longtemps… Ce « on » est en fait « eux ». Ils sont vraiment partout et disposent de ressources illimitées. Ce groupe de discussion, ils l’ont organisé.

Je ne sens toutefois pas de menace, ni de danger. Ils m’ont emprisonné dans une salle de conférence, mais mon incarcération ne semble pas permanente. La pièce ne comporte aucun piège. Les stylos sont de vrais stylos, pas des micropistolets ioniques. Les thermos contiennent du vrai café, pas un acide radioactif. La chaise sur laquelle je suis assis n’est pas piégée pour me retenir pendant que le dossier m’étrangle. La responsable du groupe est loin d’être assez jolie pour être une agente ayant comme but de me séduire. Que me veulent-ils alors?

La responsable commence à poser quelques questions au groupe, comme si c’était une rencontre normale. Je pourrais sans doute me sauver sans difficulté, mais je suis curieux. Les autres participants ne semblent pas être des leurs. Sont-ils, comme moi, des survivants? Ou simplement de futures victimes?

Un donne son avis et un autre est en désaccord. Il n’y a toutefois aucun débat. Chacun a droit à son opinion. Un troisième avance timidement une suggestion. Moi, je ne dis rien. Ils ne sauront pas ce que je pense. Ils ne pourront pas analyser ma réaction. Silence. Immobilité.

La responsable distribue des feuilles, des questionnaires, des mises en situation, des images représentant nos impressions, des espaces pour mettre nos commentaires. Je jette un coup d’oeil à intervalle régulier vers le grand miroir occupant le mur du fond. J’y vois la réflexion de mon visage sérieux et de mes yeux perçants. Ils sont là, de l’autre côté, à quelques pas. Je les sens. Même si cette rencontre n’a rien d’une attaque, je sais qu’ils sont armés. Des soldats d’élite aux bras cybernétiques attendent le moindre mouvement suspect de ma part pour bondir au travers du miroir et me démembrer.

Je vous l’ai déjà dit. Je suis futé. Je prends le stylo et remplis tous les documents que la responsable a distribués. Mais je réponds n’importe quoi. Un mélange de réponses aléatoires et de commentaires contraires à ce que je pense réellement. Pas question qu’ils sachent ce qui se passe dans ma tête. Mes réponses ne sont que de mauvaises pistes!

La rencontre se termine quatre-vingt-dix minutes plus tard, dans le calme. La responsable nous remercie et nous souhaite une bonne fin de soirée. Aucune surprise désagréable ne m’attend. Je suis libre de quitter la salle de conférence et les bureaux de l’agence. Je suis presque déçu de ne pas avoir dû faire face à une situation plus dangereuse, un moment critique. Le combat s’est réglé à coups de crayon. Je suis écrivain et j’étais donc en territoire connu. Ils croyaient en apprendre sur moi en me bombardant de questions. Je les ai encore déjoués, cette fois en leur racontant de belles histoires.

Et les petits biscuits étaient délicieux