Souriez!

Il y en avait un qui m’attendait directement en face de chez moi.

D’ailleurs, je ne comprends toujours pas pourquoi ils ne peuvent pas entrer chez moi. Ce serait tellement plus simple de venir me prendre dans mon sommeil, ou d’installer un piège pendant que je prends ma douche. Je crois qu’ils ont une loi stricte leur interdisant d’envahir un domicile. Si seulement cette loi s’appliquait aussi au lieu de travail…

Quand je suis sorti de chez moi, il y avait un homme dans l’aire de stationnement. Il portait un imperméable et semblait chercher un angle pour photographier le mur du bâtiment dans lequel j’habite. Même si son visage était un peu caché par son capuchon, j’ai pu voir que ce n’était pas un de mes voisins. J’ai immédiatement deviné qu’il s’agissait de l’un d’eux. Un inconnu au visage partiellement dissimulé qui marche sur une propriété privée et qui prend des photos sous la pluie, ce sont des indices qui ne mentent pas.

J’ai donc rapidement manoeuvré pour que la voiture de ma voisine se retrouve entre moi et lui. Le moindre obstacle peut les ralentir et, dans la majorité des situations, chaque seconde est un avantage. Malheureusement, un tel obstacle ne me servirait à rien aujourd’hui.

L’homme tenait l’appareil-photo d’une main et l’objectif pointait vaguement vers moi. Je sais par expérience qu’il ne faut pas se laisser berner par une impression de nonchalance. L’appareil-photo était volontairement dirigé dans ma direction. Je n’allais toutefois pas lui laisser la chance de se servir de son arme déguisée contre moi.

— Qu’est-ce que vous prenez en photo? lui demandai-je en tentant d’avoir l’air intéressé.

Très important : Ne jamais les confronter directement. Ils peuvent parfois devenir très agressifs s’ils se sentent coincés. Toujours user de finesse et de calme.

Ma question eut l’effet escompté. Ils sont tellement habitués à oeuvrer dans le secret, sous de fausses identités, que l’homme joua parfaitement son personnage.

— Je suis chargé de relever les défectuosités des bâtiments, me répondit-il. Je suis engagé par l’administration de la copropriété.

Il se tourna et tendit le bras vers le mur de brique. Ce mouvement orienta l’objectif de son appareil-photo loin sur ma droite. Je n’étais momentanément plus la cible d’un possible rayon paralysant ou je-ne-sais-quoi.

— J’espère que vous ne trouverez pas trop de problèmes! répondis-je en souriant, mais surtout, en reculant.

Je n’ai pas écouté sa réponse. Je me suis plutôt empressé de contourner le bâtiment et m’enfuir dès que j’étais hors de vue.

Encore une fois, je leur ai échappé!

Qui sont-ils?

Ils sont partout.

Ils m’observent, m’espionnent, me poursuivent, me traquent.

Ils se cachent et se déguisent.

Il y en a au supermarché, d’autres dans le métro. Un collègue de travail en est un. Quand je parle au téléphone avec un préposé du service à la clientèle, je parle peut-être à l’un d’eux. J’en ai aussi vu à la télé.

Je ne sais pas d’où ils viennent. Ils ne représentent pas un groupe religieux, une origine ethnique, un sexe, un âge ou un genre particulier. Ce sont peut-être des extra-terrestres, ou des mutants. Des entités incorporelles d’une autre dimension pourraient avoir pris le contrôle du corps de gens normaux. Ou ce sont des gens normaux travaillant pour une organisation gouvernementale ultra-secrète.

Je ne sais pas ce qu’ils me veulent. Me tuer? Me dévorer? M’étudier? Me torturer?

Moi, je les reconnais et je les évite. J’arrive à leur échapper.

Mais, vous? Réussirez-vous?

Ils ont essayé de bloquer la création de ce journal!

Ils sont forts.

Ils surveillent ma navigation sur Internet. Ils ont même essayé de m’empêcher de créer ce journal.

Au moment de mon inscription, j’ai dû entrer un nom d’utilisateur. J’ai évidemment choisi « DeBleu ».

Mais ça n’a pas fonctionné. Ils connaissaient mon intention et m’ont intercepté. J’ai reçu un faux message d’erreur me disant que ce nom d’utilisateur existait déjà.

Ils croyaient peut-être me décourager, mais leur tactique de lâches n’a fait que me confirmer que cette démarche était importante. Pendant qu’ils devaient être en train de célébrer leur victoire, je réussissais à m’inscrire sous « Maxime DeBleu ».

La morale de cette histoire : il y a toujours une façon de les déjouer!

Ils seront vaincus

Je m’appelle Maxime DeBleu. Même si je ne suis qu’un simple écrivain, je suis bien plus futé qu’eux.

Vous voyez, depuis le temps qu’ils me traquent, ils n’ont toujours pas réussi à me capturer. J’évite leurs multiples pièges et survis à leurs ingénieuses embuscades. Parfois, ils me surprennent avec une nouvelle tactique ou un agent déguisé, mais je finis toujours par découvrir ces manigances et supercheries. Je suis maintenant bien plus qu’un survivant. Je suis devenu un expert.

Mais ça ne me suffit pas

Je commence à en avoir assez de fuir. Être toujours sur ses gardes demande beaucoup d’énergie. Au point où j’en suis, la moindre faiblesse signifierait la fin. Je ne suis pas défaitiste, mais je sais que ce moment viendra. Et eux aussi le savent.

De plus, le sentiment de satisfaction que j’éprouvais auparavant quand je leur échappais disparait graduellement derrière un voile de culpabilité de plus en plus opaque. Chaque fois que je m’en sors, c’est simplement un autre pauvre innocent qui est victime de leurs machinations. Des familles peuvent ainsi être brisées par mes aptitudes à l’évasion. C’est injuste.

J’ai décidé que j’allais me battre et, pour cela, j’ai besoin de vous. À travers ce journal de mes mésaventures quotidiennes, je vous enseignerai leurs tactiques. Vous apprendrez à les reconnaitre et comment leur échapper. Ce sera une guerre de ruse. Un jour, mon expérience vous servira et il y aura une victime de moins. Un jour, nous serons tous des experts et ils ne pourront plus rien contre nous.

Ils seront vaincus.

(Pas plus futé que moi, ça c’est certain!)