Con cave

Il y avait un trou.

Le genre de trou plutôt concave, mais pas trop profond. L’équivalent de descendre une marche d’escalier vers un étage creux. Un vide de surface.

Quand je l’ai vu, il y a quelques semaines, j’ai trouvé anormal qu’ils placent un piège aussi évident en face de chez moi. Situé à peu près au centre de la rue, il était bien visible depuis le trottoir et je pouvais même l’apercevoir de l’intersection. Les chances que j’y mette le pied par mégarde étaient nulles. Surtout que je ne marche jamais dans la rue.

Mais, aujourd’hui, le trou n’était plus là. À sa place se trouvait une tache d’asphalte noire de forme irrégulière. Une ombre, un fantôme de trou. La rue était maintenant plate et peut-être même légèrement convexe à cet endroit. Un anti-trou. Je pourrais y marcher sans danger, mais je ne marche jamais dans la rue.

De toute façon, le plus intéressant était sur le trottoir.

Des lèvres roses, des yeux bleus, une longue chevelure blonde.

Bien plus intéressant sur le trottoir.

La blouse blanche contrastait avec la peau juste assez bronzée. Les boutons détachés, presque la totalité, laissaient entrevoir un nombril mignon. Mais mes yeux fixaient évidemment un peu plus haut.

Ça doit être une de leurs agentes, ai-je aussitôt pensé.

Elle me croisa sans s’arrêter. Son passage avait laissé une trace parfumée dans l’air.

C’était dangereux, mais, si je ne faisais que me retourner sans cesser de marcher, je pouvais l’observer tout en prenant mes distances.

Une petite jupe verte, de longues jambes douces, une démarche aguichante. Un…

TROU!

Perte d’équilibre. Cheville tordue. Main au sol.

Pendant que je regardais cette ogresse déguisée, ils avaient mis le trou devant moi. Et j’ai mis le pied dedans.

Par chance, je suis agile. J’ai évité de m’étendre sur le trottoir en fléchissant les genoux rapidement et j’ai bondi hors du trou une fraction de seconde plus tard. Si j’avais hésité, ou si j’avais été juste un peu plus lent, le trou, même s’il était très petit, m’aurait gobé la jambe. Il avait vraiment l’air affamé, avec ses dents de cailloux et sa langue sableuse.

Regardez où vous mettez les pieds. Ils changent les trous de place.

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3 commentaires sur “Con cave

  1. Hahahahaha!!!!

    Comme tu dis, il faut regarder où on marche. Montréal l’été offre tellement de distractions… Ils en profitent pendant qu’on est plus vulnérable, mais je ne me ferai pas avoir moi non plus. 🙂

  2. Ils sont vraiment allés trop loin cette fois. Tu devras changer d’itinéraire et porter un casque confectionné avec du papier d’aluminium.

  3. @La bête: L’été est plus dangereux. Attention aux obus cachés (ou pas vraiment cachés).

    @Celui qui plogue: Le casque en aluminium servirait aussi à les narguer. Me promener avec mon cerveau emballé et prêt à mettre au barbecue…

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