Poison lent

J’ai baissé ma garde… Je sais, il faut toujours rester attentif. Mais elle s’est attaquée directement à mon point faible.

Elle.

Une jeune femme. Belle, intelligente, enjouée, taquine. Mature, professionnelle, ouverte. Des yeux bleus pétillants, un visage lumineux, un sourire enchanteur. Une présence agréable, une conversation intéressante. Une princesse magique sortie de mes rêves. Tout à fait mon genre.

Ils me connaissent. Ils sont au courant de ma seule faiblesse. Ils savent à quoi je suis vulnérable. C’est pour cela qu’ils me l’ont envoyée.

J’ai été idiot. Pour une rare fois, j’ai été le moins futé. J’aurais dû remarquer ce plan machiavélique qu’ils mettaient en place. Toutes ces péripéties des dernières semaines ne servaient qu’à faire diversion.

Alors que je luttais contre eux, elle n’était jamais loin. Lors de ma soirée dans le Vieux, à mon périple en région éloignée, pendant le jogging, dans le métro, au centre-ville, au restaurant… Sa présence était tellement douce que je n’ai jamais cru une seule seconde qu’elle pouvait être dangereuse.

Ce fut mon erreur.

Elle m’a charmé. Comme une professionnelle de la guérilla, elle m’a embusqué. Son attaque précise, directement à mon point faible, n’a toutefois causé aucun dommage immédiat. J’étais plutôt empêtré dans un filet. Un confortable filet qui se resserrait de jour en jour.

Les choses se sont évidemment gâtées.

Elle jouait parfaitement son rôle de fille intéressante et intéressée. Elle m’a offert de petits cadeaux, me disait des compliments et est même allée jusqu’à cuisiner un brillant repas pour moi. Mon estomac et mes papilles étaient eux aussi envoutés. Tout cela, bien sûr, faisait partie de la préparation de la prochaine phase du plan. Un plan savamment calculé.

Une voix en moi me criait de me méfier, mais j’étais sourd. Mes oreilles n’écoutaient que sa voix de miel. J’étais hypnotisé par ce resplendissant visage, et j’éprouvais même de la difficulté à la regarder, tellement ses yeux me sidéraient par leur éclat. Mon corps amorphe était englué dans une mélasse soyeuse.

Tout à coup, un effleurement. Un bref contact qui se répéta subtilement à quelques reprises, avant de se transformer en étreinte. Nos corps se sont rapprochés et nos bras se sont entremêlés. J’étais saupoudré de frissons magiques. Son visage, maintenant si près du mien, occupait la totalité de mon champ de vision. Elle était tout ce que je voyais, tout ce que j’entendais, tout ce que je respirais. Elle était mon univers.

Et nous nous sommes embrassés.

Ses lèvres étaient de petits morceaux de sucre crémeux, sa langue avait la douceur du lait. Après ses succulents plats, qu’elle avait cuisinés spécialement pour moi, j’avais droit au plus merveilleux des desserts…

Empoisonné.

Est-ce que ses lèvres étaient couvertes d’un venin? Sa langue hérissée de minuscules épines radioactives? Un poison à la place de la salive?

Perdu dans l’instant, je n’ai pas analysé. J’avais baissé ma garde. Je croyais me faire enduire de bonheur alors que je me faisais injecter une substance nocive.

Ce n’est que le lendemain que je me suis aperçu de mon erreur.

Je ne sais pas exactement ce qu’elle m’a fait. Elle n’est plus à mes côtés, mais je sens sa présence toxique en moi. Une tempête fait rage dans ma poitrine, me consumant de l’intérieur. Ma respiration est pénible, comme si l’air était maintenant trop épais pour entrer dans mes poumons. Mon coeur martèle ma cage thoracique, chaque pulsation projetant une vague de chaleur intense dans mon corps déjà fiévreux. Mes mains tremblent légèrement, victimes de la surdose d’adrénaline empoisonnée qui coule dans mes veines. Je suis même aux prises avec des hallucinations puisque, dès que je ferme les yeux, c’est son visage que je vois.

Je souffre. Seul.

Ma constitution solide me permettra de résister à son venin. Je suis un survivant. Je sais que ma force m’aiderait même à survivre au pire cataclysme. Je résisterai au plus puissant ouragan, et resterai debout même si la foudre s’abattait sur moi. Ce moment de faiblesse est une épreuve terrible, mais je m’en remettrai.

La fuite m’a toujours bien servi contre eux. Ça sera la même chose pour elle. Plus question de la revoir. Je dois à tout prix l’éviter. Elle ne doit pas avoir une nouvelle occasion de m’injecter ce poison lent.

Elle, aussi, sera vaincue.

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2 commentaires sur “Poison lent

  1. J’aime vraiment ton style d’écriture! Original et tout en action 😉

    Dotes-toi d’une moustache et d’une « calotte », elle ne devrait pas te reconnaître!

  2. Méfie toi de B3ttys, elle n’est pas celle que l’on croit être… moi non plus mais ça, tu le sais déjà.

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