Brique de fromage

Les nombreuses expériences génétiques sur leurs victimes donnent souvent des résultats étonnants.

Ils ont créé des hommes-souris.

Une ou plusieurs de ces créatures se sont enfuies et ils essaient de les recapturer. Voici le piège étonnant qu’ils ont mis en place:

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Pour attraper un homme-souris, ils ont placé un gros morceau de fromage sur le trottoir. Bien sûr, le morceau de fromage est gris pour ne pas attirer les vraies souris. Et remarquez aussi la flèche rouge dans la vitrine, qui annonce le piège, et qui évite aussi d’attirer les vrais hommes.

Quand la créature viendra manger ce bout de fromage, clac!, la cage de bois se refermera sur elle.

Je me demande s’ils inventeront des femmes-chats pour chasser les hommes-souris qui rôdent dans la ville.

Poubelle volante

Ils ont au moins une base en orbite. Pour s’y rendre, ils utilisent une navette spatiale. J’ai croisé les indications pour les guider lors de l’embarquement.

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La flèche pointe vers une poubelle. Il s’agit de la navette spatiale en question, dont la forme aurait dû la laisser passer inaperçue. Mais, moi, je l’ai vue. Et j’ai aussi remarqué le poteau sur lequel elle est installée, qui sert de rampe de lancement. L’usure indique la fréquence élevée de leurs voyages.

J’ai une suggestion. Remplissez cette navette d’ordures, cela devrait les ralentir.

Robot bleu

Ils ont envoyé un petit robot pour m’espionner. Ils l’ont déguisé en borne-fontaine pour que je ne le repère pas, mais ils se sont trompés de couleur. Je peux donc le remarquer de loin.

Ici, il m’attendait au bout du sentier.

Photo - Robot bleu 01

Parfois, il tente de se cacher, mais il n’est pas très habile. Comme cette tentative de disparaitre derrière une voiture.

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Ce robot bleu me suit partout. Il est assez lent pour être facile à semer, et aussi très rapide pour surgir à un moment inattendu.

J’espère qu’ils n’ont pas envoyé un robot pour vous traquer vous aussi.

Vaisseau mère

Par ce bel après-midi de congé, j’avais décidé d’aller relaxer dans un parc. J’avais choisi un endroit calme, près de l’eau, où je pouvais m’asseoir sur un banc et lire paisiblement. J’avais même trouvé une place sous un arbre dont les branches me protègeraient un peu du soleil. Plongé dans ma lecture, tout ce que j’entendais n’était que les glapissements de quelques oiseaux et le froissement des feuilles.

Soudain, les glapissements augmentent d’intensité, de même que les froissements. Le bruit a une sonorité anormale, pas naturelle. Je cesse de lire.

Une de leurs escouades tactiques avance dans ma direction.

Ce que j’avais pris pour un bruit de feuillage était en réalité celui des roues de véhicules militaires roulant sur le gravier du sentier. Les sons, que je croyais être ceux d’oiseaux, venaient plutôt d’esclaves humaines qui poussent ces véhicules. La troupe compte une demi-douzaine d’envahisseurs extra-terrestres.

J’ouvre mon livre bien grand et me cache derrière. Maintenant invisible, je n’ai qu’à attendre qu’ils soient passés. Le groupe choisit toutefois de faire une pause et de venir s’asseoir sur les autres bancs libres autour de moi. Je suis invisible mais encerclé.

Les envahisseurs, de petites créatures roses et potelées, restent assis dans les véhicules. Venants de l’espace et habitués à vivre en apesanteur, leurs petites jambes ne peuvent pas supporter leur poids dans notre gravité. Un dispositif placé dans leur bouche permet de filtrer l’air terrestre, nocif pour eux si respiré en grande quantité. Ces désavantages sont cepenfant compensés par les armes puissantes qu’ils brandissent.

L’un d’eux tient un pistolet à radiation, sans doute un Destructron 12, dont les pastilles de couleurs peuvent se déplacer pour choisir différentes intensités. Un autre secoue une matraque violemment. Cet instrument de torture a tellement été utilisé, que les teintes, usées, sont maintenant pastel. J’en remarque aussi un qui retient une petite créature poilue, probablement encore plus vorace qu’eux. Un dernier, beaucoup moins menaçant, s’exerce à dévorer des humains en portant un personnage à sa bouche. La poupée vaudou est couverte d’une bave gluante et corrosive.

Les esclaves responsables de pousser leur véhicule sont toutes de jeunes femmes. Elles obéissent machinalement à la moindre demande des envahisseurs, mais je n’arrive pas à comprendre ce qu’ils disent. Le langage exogalaxien est constitué de clapotis buccaux et de glouglous. Je suspecte même que leurs systèmes auditifs ne fonctionnent pas comme le nôtre, puisque les femmes s’adressent à eux d’une voix nettement plus aigüe. Elles sont soumises et, quand elles s’approchent d’eux, elles se penchent, s’agenouillent, se prosternent.

Je ne peux pas m’empêcher d’éprouver de la pitié pour ces esclaves. Ils les ont torturées sans cesse pendant huit ou neuf mois. Ils les ont empêchées de dormir. Ils testaient sur elles des combinaisons alimentaires impossibles. Ils les gardaient prisonnières dans une forteresse, derrière une enceinte infranchissable. Et, quand elles peuvent enfin sortir, ces femmes ne servent pas seulement à pousser les véhicules. Elles sont là pour les nourrir.

Qu’ils se fassent injecter un additif plasmatonique sous forme de liquide blanchâtre provenant du fin fond de la Voie lactée m’est égal. Par contre, ce qui m’horrifie, c’est qu’il y en ait un qui s’accroche à une pauvre femme, telle une sangsue, pour la vider de son sang. C’est atroce.

Un frisson me traverse le dos. Le sort des hommes est encore pire que celui réservé aux femmes! S’ils me capturent, je serai pressé, voire liquéfié, avant d’être entreposé dans une éprouvette. Juste avant, j’aurai subi toutes les formes de torture psychologique imaginable. Je disparaitrai finalement dans un souterrain loin de la ville, sous plusieurs couches de roches sédimentaires.

Penser à comment se terminerait ma vie si je tombais entre leur main m’énerve un peu. Cette crainte semble d’ailleurs avoir affecté mon déguisement. J’étais pourtant certain d’être demeuré parfaitement immobile derrière mon livre ouvert. Mais il y en a un qui m’a détecté.

Signal d’alarme.

Une sirène en crescendo retentit. Je suis découvert. Ou alors, ils savaient depuis le début que j’étais là et j’ai été victime d’une embuscade à retardement. Je ne veux pas finir en esclave. Je ne veux pas finir mes jours dans un camp de concentration sur Jupiter ou Utérus.

— Non, ça ne m’arrivera pas!

Je crie en me levant de mon banc. Les visages cernés des esclaves et ceux rondouillets des envahisseurs sont tournés vers moi. La sirène augmente d’intensité et une seconde se joint à elle.

Je me sauve en courant. Ma seule possibilité de fuite réside dans un court escalier à quelques pas. Un terrain accidenté est parfait pour semer des poursuivants roulants. Derrière moi, l’alerte générale est déclenchée, mais ils ne m’attraperont pas. Pas aujourd’hui, ni demain. Je prendrai l’habitude de bien me protéger contre ces envahisseurs.

Haut mort

C’est de ça qu’ils ont l’air avant de prendre une forme humaine. Je les trouve laids.

Ils sont des douzaines en attente d’une injection de cellules humaines qui leur permettra de se métamorphoser en hommes ou femmes. Ils sont là, empilés les uns sur les autres, en train de faire semblant de nager dans un bassin, juste à l’entrée de la poissonnerie.

La ressemblance avec des homards est à s’y méprendre. Mais un homard, c’est rouge. Je le sais, j’en ai déjà mangé.

C’est étonnant de savoir que d’aussi petites bestioles croitront pour atteindre la taille humaine adulte. Que leurs pinces seront transmutées en doigts. Que leur exosquelette ramollira pour devenir une peau. Que leurs antennes s’effileront pour devenir des cheveux… Euh…

Finalement, ce n’est pas étonnant du tout, car, quand on y pense logiquement, c’est impossible tout ça. Ces pseudo-homards ne sont pas des larves de faux adultes. Leur morphologie ne sera pas modifiée à l’aide d’A.D.N. humain. Ils ne changeront même pas d’apparence.

Ils seront implantés directement dans le corps d’un humain.

C’est bien plus logique ainsi. Je vois très bien comment ils procèdent. Le numéro que je prends en entrant à la poissonnerie leur sert à savoir dans quel ordre faire leurs opérations chirurgicales. L’expression « filet de poisson » vient précisément du fait que la poissonnerie est l’endroit où ils attrapent leurs victimes. Les longs couteaux servent à ça. Le comptoir présente bien plus que quelques fruits de mer anodins. Pétoncles ou yeux? Crevettes ou orteils? Ne tentez surtout pas de fuir, sinon le poissonnier vous lancera une motte de tentacules volants pour vous capturer.

Un bon conseil: méfiez-vous de ceux qui sentent le poisson. Cette odeur indique qu’ils sont sous le contrôle d’un parasite aquatique. Quand deux personnes se serrent la pince, il n’est pas nécessaire de réfléchir longtemps pour déduire qu’un crustacé séjourne en eux. C’est la même chose avec les excellents nageurs. Et que dire de ceux qui apprécient se faire enduire de beurre à l’ail? Tous infectés.

C’est bien plus rassurant d’entrer dans une boucherie.