Flashback de captivité – Jour 4

J’avais à peine fait trois pas que le pied d’une commode piégée me mordit le petit orteil. Ils avaient attendu que mes bas blindés soient au lavage avant d’activer ce meuble dangereux.

J’ai crié deux ou trois insultes. Avec les micros et les caméras installés partout, je savais qu’ils les entendraient. En me tenant le pied, j’ai sautillé sur l’autre jambe pour me rendre à la salle de bain… où m’attendait un autre instrument de torture.

Les tuiles glaciales essayèrent de me congeler. La plante de mon pied commença à coller au plancher. La transformation en glaçon débuta. Mon talon se cristalliserait, ma cheville se désintègrerait en milliers de flocons. Mais j’ai toujours été plus rapide que la cryogénie.

J’ai bondi et me suis perché sur le couvercle de la toilette. L’empreinte de mon pied resta imprimée sur la tuile quelques secondes avant de s’évaporer.

Je devais absolument récupérer mes bas.

J’ai grimpé sur le comptoir, mis le pied — celui qui ne faisait pas mal — sur la poignée de porte, me suis ensuite suspendu au cadre et j’ai fait une pirouette pour atterrir dans le corridor. Mes pieds étant toujours vulnérables, j’ai choisi de rejoindre le panier à linge sale à plat ventre. En même temps, cette façon de me déplacer me mettait hors de portée des interrupteurs qui auraient voulu m’électrifier.

Me rendre au panier fut relativement rapide et facile. Une fois là, j’ai plongé la main parmi les vêtements. Je creusais dans de la terre douce. Une vigoureuse taupe de tissus. Un bref instant plus tard, ma main ressortit avec mes bas. Enfin!

Odeur de piège.

Mes bas blindés avaient été imbibés d’un acide corrosif et nauséabond. J’aurais pu perdre mes pieds si mes narines ne m’avaient prévenu. Avant d’y insérer le moindre bout d’orteil, mes bas devaient être désinfectés.

Toujours à plat ventre, je me suis dirigé vers la machine à laver en poussant ma motte de vêtements sales. Je nageais sur le plancher, comme un robot-perchaude à mandibules. Les plinthes chauffantes crachaient du feu. Les prises murales m’insultaient. Les motifs du tapis cherchaient à m’hypnotiser. Toujours aussi solide, j’ai gardé mon courage tout au long de cette périlleuse traversée.

Cycle normal. Savon javellisant. Petite brassée. Assouplisseur parfumé à l’ourson bionique. Eau chaude. Démarrage de la laveuse-sauveuse de pieds.

Trente-huit minutes bruyantes et deux rinçages plus tard, j’ouvris le couvercle avec enthousiasme. Les vêtements entortillés tapissaient les parois de la cuve. Mon nez capta une odeur propre et humide. Je croyais être au bout de mes cernes, mais les problèmes ne faisaient que commencer.

Le système de lavage trafiqué venait d’engloutir un de mes bas blindés.

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