Le Plan – Phase 3

Le seul endroit où j’ai toujours été en sécurité, à l’abri de leurs attaques et de leurs pièges, c’était chez moi.

Je ne comprends pas dans quelle forme de champs électromagnétique se trouve mon appartement, ou avec quel matériau répulsif mes murs sont construits. Tout ce que je sais, c’est qu’ils n’ont jamais pu y mettre les pieds.

Sauf depuis ma capture.

Ils ont réussi à installer un appareil capable de brouiller les ondes nocives pour eux. Mon appartement est maintenant truffé de pièges et ils peuvent entrer à n’importe quel moment pour m’arracher une douzaine d’organes vitaux. Afin de retrouver mon confort et être capable de recommencer à dormir tranquille, je dois débrancher cet appareil.

Je le cherche. Sous mon lit, dans le congélateur, derrière la sécheuse, dans une botte, sous le pot de moutarde, entre les coussins du divan. Je soulève un coin de tapis et gratte la peinture au bas d’un mur pour voir s’il est là. Je saupoudre de la farine un peu partout en espérant découvrir un objet invisible. J’ouvre ma boite de céréales et analyse un à un chaque flocon. Passe le jus de raisin au tamis. Épluche les bâtonnets de poisson. Goute au tournevis. Tripote l’eau du robinet. Chambre, cuisine, garde-robe, salon…

Oh. Il est là. Le magnétoneutraliseur était bien en vue durant tout ce temps.

L’appareil est perché sur une petite commode, près de la porte d’entrée. Je l’avais déjà vu trainer ailleurs, sur la table du salon, sur le comptoir de cuisine ou sur mon bureau. En ce moment, il se tient debout à côté de mon répondeur, bien ancré dans un socle branché au mur. Il se recharge.

C’est le moment idéal pour agir.

Je m’approche lentement. Son oeil rouge lumineux me lance un regard furieux. Il sait qu’il est vulnérable lorsqu’il refait le plein d’énergie. Je continue d’avancer avec précaution. Sa petite antenne est dressée, et j’espère qu’il est encore trop faible pour les contacter et demander du renfort.

Je tends la main vers lui. Son ventre est couvert de pustules numérotées dont le simple contact pourrait me décomposer. Sa bouche grillagée, occupant presque toute sa tête, attend pour me cracher un combiné de gaz nocifs dérivés du phénétole. J’interromps mon mouvement. Le risque est trop grand.

J’ouvre plutôt le premier tiroir de la commode et en sors une arme redoutable. Un ouvrage jaune, lourd comme une tonne de rubriques. Je l’empoigne à deux mains, prends une grande respiration et un bon élan, et frappe de toutes mes forces.

Le coup arrache l’appareil de son socle et le catapulte à l’autre bout de la pièce. Son vol est une brève suite de pirouettes floues et disgracieuses. Il termine ses vrilles contre le mur, avant de s’écraser sur le plancher. Son oeil rouge est fermé.

Mais je n’ai pas encore gagné.

Il se raccroche à la vie et se met à crier. Un cri d’alarme pour leur signaler un danger. Je dois le faire taire.

Je bondis vers lui, brandissant mon lot de pages jaunes bien haut. Et je frappe. Le cri continue. Je frappe encore. Et encore. Après plusieurs coups, il est finalement sonné. Silence.

Je le ramasse du bout des doigts et l’amène jusqu’à l’évier de cuisine. J’ouvre le robinet. Il n’y a qu’une façon de l’achever.

À l’eau.

Le jet coule depuis à peine quelques secondes, mais déjà il ne répond plus. J’ai mis un terme à ses services. Ils ne pourront plus entrer chez moi.

Leur savant dispositif manque à l’appel.

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4 commentaires sur “Le Plan – Phase 3

  1. @Mystra: J’avoue avoir cherché la faute pendant de longues minutes. Mais il n’y en a pas. Cela fait 20 ans que la graphie rectifiée propose le retrait des accents circonflexes sur les U et les I. Maintenant qu’il n’y a plus de pièges chez moi, vous essayez de me ramollir le cerveau à distance?

  2. C’est vraiment génial ta façon de modifier ton blogue pour reprendre le contrôle. J’adore. Je continue de lire tes aventures mêmes si je suis silencieux.

    Tu comprendras que j’évite la capture de par mon silence. Je dois maintenant déménager puisque j’ai écrit ce message de chez moi.

  3. @Celui qui blogue: Je comprends ton silence. Bon déménagement.

    Et attention quand tu traverseras la rue. Je crois qu’ils sont dans la voiture noire.

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