Plat mijoté

Elle s’était assise tout près de moi, à une longueur de bras environ. Le soleil caressait sa chevelure lisse et glissait sur sa peau douce. J’aurais aimé être le soleil. J’aurais aussi aimé être seul avec elle. Mais il y avait foule.

À l’heure du midi, quand il fait beau, les tours à bureaux déversent leurs employés dans les rues avoisinantes, et on dirait que tout le monde vient diner ici.

Tout le monde, mais surtout elle.

Elle portait des lunettes de soleil qui cachaient ses yeux. Dans un sens, j’étais content de ne pas pouvoir les voir. Mon regard pouvait se concentrer sur d’autres parties de son anatomie.

Sa chevelure remontée dévoilait la courbe sensuelle de sa nuque. Pendant qu’elle se penchait pour sortir ses plats de son sac à lunch, j’avais un point de vue idéal pour admirer le contenu de son décolleté, des rondeurs séduisantes bordées de dentelle furtive. Le vent fit onduler sa jupe, révélant ses dessous roses qui s’agençaient parfaitement avec le blanc crémeux de l’intérieur de ses cuisses. Elle commença à manger en portant une bouchée à ses lèvres appétissantes. J’avais l’eau à la bouche, mais ce n’était pas pour le contenu de ses plats.

Je l’observais en silence. Je m’étais arrêté là par hasard et je me trouvais chanceux qu’elle soit venue s’assoir à côté de moi. C’était comme si le hasard avait voulu me faire plaisir. Comme si elle était là juste pour moi.

Hum. Pas comme si.

Elle était à côté de moi intentionnellement. Ils avaient calculé mon itinéraire avec précision et prévu où j’allais m’arrêter. Encore une fois, ils croyaient réussir à me piéger en m’envoyant leur plus géniale agente.

Cachés derrière ses lunettes, ses yeux n’étaient que des caméras laser. Tous ces artifices étaient déployés dans un seul but: la reproduction. Faire une copie de moi, un clone, pour me remplacer et infiltrer mon cercle d’amis.

Heureusement, je suis un brin timide, ce qui m’a fait hésiter à lui adresser la parole. Je la croyais éblouissante, mais elle était en fait radioactive. M’en être approché m’aurait flétri, et je me serais retrouvé avec une face de courge pour le reste de mes jours. C’est pour cela qu’il ne faut jamais parler à des inconnues.

Sa tête s’est tournée vers moi, et j’ai senti son regard atomique glisser sur mon corps, percer mes vêtements. Elle semblait chercher lequel de mes muscles accompagnerait le mieux son repas. Ses lèvres s’entrouvrirent pour montrer ses dents, non pas pour sourire, mais pour se préparer à prendre une bouchée. Me croquer.

Je ne suis pas qu’un simple morceau de viande. Qu’elle en dévore un autre. L’accompagnement de son repas, ce n’est pas moi.

Je me suis levé et me suis sauvé en me faufilant dans la foule dense, juste après lui avoir fait mon plus splendide pied de nez.

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