Moufette de soirée

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Ils ne peuvent pas entrer chez moi, je l’ai toujours su. J’y suis à l’abri. Je suis vulnérable que lorsque je mets le nez dehors. Quand je ne sors pas, je n’ai aucune raison de m’inquiéter. Du moins, c’est ce que je pensais jusqu’à aujourd’hui.

La soirée s’annonçait calme et relaxe. Une petite soirée de repos bienvenue après une journée de travail difficile mais productive. J’étais dans un état à la fois paisible et fier puisque cela faisait même plus de deux jours qu’ils n’avaient rien tenté sur moi. Je savais qu’ils ne m’avaient pas oublié, mais je commençais à penser qu’ils s’étaient peut-être lassés de toujours connaitre un échec lorsqu’ils m’affrontaient. J’avais presque envie de célébrer.

J’étais confortablement enfoncé dans un moelleux coussin de mon divan, en train de déguster les quelques dernières bouchées d’un dessert sucré, quand une odeur étrange capta l’attention de mes narines. Trop concentré à mâcher mon succulent bonheur, j’ai décidé de l’ignorer.

L’odeur ne sembla pas heureuse de ne pas être le centre d’attention et se manifesta avec plus de vigueur. Et gâcha le gout de mon dessert.

Qu’est-ce qui pouvait sentir si mauvais? De vieux restes de nourriture dans la poubelle? Impossible, j’avais sorti le sac la veille. Un aliment périmé dans mon réfrigérateur dont la croute moussue avait décidé d’affirmer sa présence? Peu de chance. Une fuite de gaz dans le voisinage? Mes fenêtres étaient toutes fermées. Quoi alors?

Je me suis levé, contre mon gré, et ai commencé à renifler pour trouver la source de ce désagrément. Les narines grandes ouvertes, je scrutais l’odeur ambiante. C’était de pire en pire.

Ça sentait la moufette. Pire que des vidanges pourries, que le cadavre d’un fromage fort oublié au soleil ou que le fond d’un sac de sport dont l’équipement détrempé avait eu une saison pour mariner.

Et ça sentait chez moi.

Après m’être enterré le nez sous mon chandail, j’ai vérifié que toutes mes fenêtres étaient bien fermées. L’odeur continuait de s’infiltrer. Et la porte aussi était bien fermée.

Je ne comprenais pas. D’abord, je ne trouvais pas par où ces relents malodorants entraient chez moi. L’endroit où j’habite est étanche au froid l’hiver, comment ne pourrait-il pas être aussi étanche aux odeurs? Et une odeur de moufette? J’habite en ville. Je suis entouré de béton, de rues, de voitures, d’humains… Ce n’est pas un endroit pour les bêtes sauvages!

Il n’y avait, bien sûr, qu’une seule explication.

Ils voulaient m’obliger à sortir de chez moi.

Même si c’est moi le plus futé, ils font régulièrement preuve de créativité et de débrouillardise pour arriver à leurs fins. Je trouve cela flatteur d’une certaine façon. Ils mettent de l’avant leurs meilleures ressources et développent de nouvelles techniques toujours plus efficaces que les précédentes. Tout cela pour moi!

J’ai trouvé le point d’entrée de leur répulsif. L’odeur entre chez moi par la hotte au-dessus de la cuisinière! Ils sont tout de même assez ingénieux. Ils n’ont qu’à se brancher sur la sortie du conduit et injecter le gaz sous pression. Encore une chance qu’ils ne peuvent pas entrer chez moi, sinon j’aurais sans doute eu droit à un gaz endormant, paralysant, ou même fatal. Mais je ne leur suis d’aucunes utilités s’ils ne peuvent pas me capturer et m’amener avec eux je ne sais trop où.

L’odeur était maintenant assez intense pour me donner un mal de tête et m’obliger à sortir. Il n’était toutefois pas question de mettre les pieds dehors. De toute façon, l’idée d’aller dehors les confronter ne m’avait même pas traversé l’esprit. J’avais, comme d’habitude, une excellente idée.

J’ai mis la hotte en marche. En appuyant seulement sur un simple bouton, j’étais en train de leur renvoyer ce qu’ils avaient pompé chez moi. Je n’avais plus qu’à attendre quelques instants pour en être complètement débarrassé. Et je me doutais bien que ce gaz agisse aussi comme un répulsif contre eux.

Quand j’ai pu sortir le nez de sous mon chandail et respirer normalement, au bout d’environ dix minutes, j’ai jeté un coup d’oeil à l’extérieur. Il n’y avait évidemment pas de moufette. Et ils n’étaient pas là. J’avais encore réussi à retourner leur propre plan contre eux!

Je venais de remporter une autre petite bataille, mais, le plus génial, c’était qu’il me restait encore quelques bouchées de mon petit dessert sucré. Quelle belle soirée!

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