Avalés au resto

— Vous avez une réservation?

C’est comme cela que les gens se font accueillir à ce resto. Pas de bonjour. L’hôtesse, debout derrière un lutrin où est affiché «Laissez-nous le soin de vous assigner une place», lève à peine les yeux. Armée d’un stylo bleu mâchouillé et d’un surligneur rose fluo, elle gribouille frénétiquement les pages froissées d’un cahier. Le ton de sa question indique que la seule bonne réponse sera une réponse affirmative.

C’est en réservant une table qu’ils nous localisent. Grâce à ce système, ils savent exactement où nous trouver, et à quelle heure! Il est ensuite très facile pour eux de remplacer le cuisinier par un des leurs, mettre du poison dans la nourriture, saboter le mobilier ou préparer une embuscade dans la toilette. Non, je ne place jamais de réservation. Même si je le faisais en donnant un nom fictif, ils seraient capables de me reconnaitre grâce à leur écoute de ma ligne téléphonique.

Ma réponse négative ne sembla pas plaire à l’hôtesse.

— Il y a environ trente minutes d’attente, dit-elle dans un soupir d’exaspération.

Je suis patient. J’ai donc rejoint les autres personnes qui attendaient déjà à l’entrée du restaurant. Nous étions beaucoup à ne pas avoir de réservation, plus d’une vingtaine. Cela me rassurait de voir d’autres gens aussi prévoyants que moi. Il n’y a pas que des jeunes hommes de mon genre qui savent quoi faire contre eux!

Il y avait des personnes âgées, des familles, des couples, des jeunes, des vieux, des hommes, des femmes. Je croyais avoir vu des enfants, dont une petite fille en rose avec des tresses, mais je ne les voyais plus. J’avais peut-être mal vu.

Et ce couple de personnes bronzées? Il était là il y a à peine trois minutes! Le gars à la casquette et ses amis, où sont-ils passés? À peine dix minutes après mon arrivée, nous n’étions plus qu’une quinzaine à attendre!

Les gens disparaissaient! Je ne le croyais pas, j’ai donc compté! J’ai bien pris mon temps pour ne pas me tromper. Dix-sept. Mais dès que j’ai eu terminé le décompte, nous semblions être encore moins! J’ai recompté rapidement… QUINZE!

Même si je n’avais pas fait de réservation, ils étaient ici. Qu’arrivait-il à ces pauvres personnes qui disparaissaient? Ils les désintégraient? Elles se faisaient téléporter dans des laboratoires? Des trappes s’ouvraient dans le plancher et elles tombaient dans des salles de torture? Un monstre invisible les dévorait?

Trois personnes entrèrent dans le restaurant. Je ne les avais jamais vues, mais je les ai reconnues! Trois d’entre eux. Ils venaient sans doute s’assurer du bon déroulement de ces enlèvements! Ils marchèrent parmi nous vers l’hôtesse et, par le temps qu’ils rejoignent son lutrin, encore deux autres personnes avaient disparu! J’étais peut-être le prochain!

Je n’allais pas attendre pour le savoir! J’ai couru! La porte du restaurant faillit être arrachée de ses gonds tellement je suis sorti vite. J’ai traversé le stationnement à la course, la rue, un autre stationnement…

Je me suis arrêté qu’une fois rendu très loin. J’étais à bout de souffle, et affamé! Ma course m’avait mené jusqu’en face d’une succursale d’une chaine de restauration rapide. Heureusement, personne n’attend à cet endroit!

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