Monte-charge

Je revenais d’une livraison de livres. Ne sachant pas où se cachaient les escaliers ou les ascenseurs dans cet immeuble, j’ai utilisé le monte-charge. Je dois vous dire que d’effectuer le trajet de cinq étages à bord de cette cabine pouvant contenir deux camions est déjà une péripétie en soi. La porte s’ouvre verticalement sur toute la largeur, comme la gueule d’un gigantesque monstre métallique. Au lieu d’effectuer mon trajet sous une lumière tamisée, et bercé par une douce mélodie, j’ai eu droit à sirène et gyrophare. Tout gronde, vibre, grince. C’est sale et rugueux et…

Pourquoi, le monte-charge s’arrête au troisième? J’ai pourtant bien appuyé sur le bouton «rez-de-chaussée».

Mon coeur s’accéléra. La mâchoire de la cabine s’ouvrit en grognant. Quelqu’un monta à bord. Un concierge. Le jeune homme, habillé d’un sarrau de travail marine, poussait une grande poubelle à roulettes. Un grand bac noir semblable à ceux qu’on utilise pour y mettre notre recyclage. Un contenant assez spacieux pour contenir un homme. Même un grand comme moi.

C’était un d’entre eux.

Pas de panique. Quand on est expérimenté comme moi, on sait garder son calme face au danger. Mon expérience me rend aussi extrêmement attentif à mon environnement. J’avais donc remarqué la présence de caméras de sécurité dans les coins de la vaste cabine. Je fis deux pas de côté pour m’assurer d’être capté sous le plus d’angles possible. J’espérais que ceux qui regardaient les écrans en ce moment n’en soient pas eux aussi…

Cela ne sembla pas lui plaire. Il m’envoya un regard sévère.

Le monte-charge descendait lentement. Il faisait chaud. Je n’avais aucun endroit pour me sauver. Je croyais vraiment que c’était terminé pour moi. Je me demandais d’ailleurs pourquoi il prenait tant de temps avant d’agir.

Il y avait deux petites fenêtres dans la porte de la cabine. Ces petites fenêtres permettaient de voir chaque étage, comme deux grands yeux rectangulaires. En faisant mes pas de côté, je m’étais involontairement placé en face d’une de ces fenêtres. Ils sembleraient qu’ils ne veulent pas de témoins. Et si quelqu’un regardait par hasard par une fenêtre, il l’aurait vu agir. C’est pourquoi il ne bougeait pas.

Les yeux veillaient sur moi.

Après des secondes interminables, la cabine me régurgita au rez-de-chaussée. Je n’aurais jamais imaginé qu’un monstre de métal m’aurait un jour ainsi protégé.

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