Flashback de captivité – Jour 9

Le téléphone sonna.

Au début, je ne comprenais pas ce que j’entendais. Je dormais. Il y avait simplement un bruit qui perturbait un rêve et nuisait à mon confort. Un bruit qui provoqua néanmoins un réflexe dans mon bras.

Ma main attrapa le combiné.

— Mouiallo, dis-je d’instinct.

Je dormais encore. En temps normal, je suis beaucoup plus rapide à me réveiller. J’ai le sommeil léger et je reste attentif même quand je suis profondément endormi. Sauf que la situation n’avait rien d’habituel. Elle avait passé la soirée à me faire endurer toutes sortes de supplices de contorsionniste. Mon corps exténué refusait de coopérer. Le téléphone s’appuyait mollement contre mon oreille.

La voix n’avait rien d’humain.

Un robotron m’adressa la parole avec ses bips et ses grésillements sonores. Il me cria quelque chose dans son jargon électronique multihertz. Un bonjour? Un ordre? Une insulte? Une recette de gâteau aux transistors?

Mon cerveau embrumé ne comprenait pas trop, alors j’ai raccroché.

— C’était qui? me demanda-t-elle en chuchotant.

Elle passa son bras autour de moi. Son corps chaud s’approcha. La peau douce de sa poitrine caressa mon torse. Ses lèvres déposèrent un baiser dans le creux de mon cou.

— C’était un robot.

— Un robot? Franchement! Tu dis n’importe quoi.

Elle se retourna d’un mouvement brusque. J’entendis un long soupir. Et plus rien. Le sommeil ne m’avait pas relâché. Je venais de glisser dans le monde des rêves.

Le téléphone sonna à nouveau.

— Réponds pas, m’ordonna-t-elle sur un ton impatient.

J’étais trop endormi pour obéir.

— Mouiallo…

Encore le robot.

Cette fois-ci, mon cerveau était un plus réveillé. Je ne parle peut-être pas le binairien, mais je sais lire entre les lignes téléphoniques. Cet appel n’était pas pour moi. Il était pour elle. Ils avaient des informations top-secrètes à lui transmettre. Le nouveau code d’accès de leur base invisible, une nouvelle technique de torture subliminale, sa prochaine cible ou une recette de gâteau aux transistors. J’ai raccroché.

— Je te l’avais dit de pas répondre!

Bien sûr. Elle savait que cet appel s’adressait à elle. Je venais peut-être de l’empêcher de transmettre son rapport de mission. Son patron mutant allait être furieux. Son salaire serait retenu. Pas de promotion avec vue panoramique sur Callisto. Pas de tentacule en bonus. Pas de gâteau aux transistors.

Voilà. J’étais enfin réveillé.

— Je vais débrancher le téléphone. On va pouvoir dormir tranquille.

Même en pleine nuit, j’arrivais aussi à être futé.

— Dormir? Tu crois vraiment que je vais te laisser dormir?

Elle se rapprocha de moi en glissant son pied le long de ma jambe. Sa main taquina ensuite des parties de mon anatomie que je n’avais pas eu le temps de protéger d’un pyjama. Son souffle effleura mon oreille. Elle allait encore s’en prendre à moi sauvagement. Des heures à subir son côté hybride d’ADN de félin. J’avais déjà assez souffert pour aujourd’hui.

— Bonne nuit, lui annonçai-je en m’éloignant.

Je me suis enfoui la tête dans l’oreiller. Je me suis mis en boule. J’ai même fait semblant de ronfler pour lui faire croire que je dormais. Succès. J’ai pu me rendormir.

Mais pas aussi longtemps que je l’aurais voulu. Le téléphone me réveilla. Pas celui que j’avais débranché.

Son cellulaire.

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