Grands coups de vent

Ils commandent aussi la météo.

Ce soir-là, j’étais sorti en ville. Pour profiter de la douce température, j’avais décidé de simplement marcher sur une des artères commerciales principales. Il faisait vraiment beau et les trottoirs débordaient de gens. Je me sentais en sécurité, car je savais qu’ils n’oseraient jamais s’en prendre à moi dans une foule.

Le vent se leva subitement. Il n’était même pas 21h. J’ai compris depuis longtemps que n’importe quel phénomène inhabituel était en fait la manifestation d’un de leurs stratagèmes.

Des canons à rafales avaient été installés sur une rue adjacente. Des moteurs silencieux faisaient tourner d’immenses hélices et des pales dirigeaient le flot d’air avec précision. Le vent dévalait la rue, se glissait sous les voitures, tourbillonnait sur le trottoir, se faufilait entre les passants… jusqu’à moi.

Le courant d’air téléguidé souleva un tourbillon de poussière. Des grains de sable tournoyèrent jusqu’à mes yeux pour m’aveugler. Un peu par hasard, je portais mes lunettes cette journée-là, ce qui me protégea. Les verres bloquèrent les particules et ma cornée resta intacte.

J’ai traversé la rue, espérant semer le vent. Ils avaient toutefois plus d’un tour dans leur sac. Et par sac, je parle de sac en plastique. Une créature volante en forme de sac me suivait. Elle m’espionnait grâce à son oeil dissimulé dans le faux lettrage imprimé. Ses petits bras en forme de poignées battaient l’air pour se donner un meilleur angle d’attaque. À tout moment, elle pouvait plonger et avaler ma tête en une bouchée.

Utilisant les lampadaires, boites aux lettres, voitures stationnées et passants comme écran, j’ai réussi à décourager la créature. Elle a abandonné sa poursuite et a disparu derrière un bâtiment, sans doute à la recherche d’une autre victime.

Le temps d’une pause arriva. Je me suis arrêté à un comptoir à crème glacée m’acheter un cornet. Il faisait si beau et je trouvais que je méritais de me payer une petite récompense puisque je venais de déjouer habilement la créature volante. Miam!

Ils dirigeaient toujours le vent. Je devais protéger mon cornet pour que des SVNI (substances virevoltantes nocives indésirables) ne viennent pas se coller sur ma crème glacée. J’ai même dû stopper une page de journal qui roulait sur le trottoir en l’écrasant de mon pied pour qu’elle ne s’envole pas. Une feuille de cette grandeur aurait pu m’entourer les avant-bras et ainsi me menotter. Trop concentré sur les SVNI, j’ai eu un moment d’inattention.

Un courant d’air calculé avec soin vint soulever un coin de ma chemise. Il l’envoya d’abord fouetter mon cornet pour ramasser une petite motte de crème glacée. Avec une manoeuvre encore très précise, le coin me tamponna en plein centre du chandail. Je me suis retrouvé avec une tache ronde sucrée et collante. Une marque distinctive facile à reconnaitre par tous leurs agents. Déjà qu’ils savent presque tout de mes déplacements, je portais maintenant un signe repérable par satellite.

Ils ont réglé le beau temps pour me faire sortir, m’envoyer dehors. Ils voulaient m’attaquer de bourrasques et me traquer grâce à leurs engins en orbite. Rien ne m’obligeait toutefois à rester sur la rue. Je suis descendu sous terre, à l’abri, dès que j’en ai eu l’occasion.

Ma ville a le plus grand réseau piétonnier souterrain au monde. Où pensez-vous que je passerai l’été?

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4 commentaires sur “Grands coups de vent

  1. Passer l’été dans les réseaux souterrain? C’est ce qu’on appelle une fausse bonne idée!!! L’air pur y est extrêmement raréfié et vous manquerez également des vitamines essentielles fournies par les rayons du soleil… Avant l’automne, vous serez tout pâle et affaibli, vous n’avez pas envie de vous muter en proie facile quand même? 😉

  2. @V: Une mutation m’effraie moins qu’une désintégration. Mais… euh… Seriez-vous une agente qui tente de me faire sortir? Bien essayé!

  3. NOOOOON! Ne l’écoute pas Max.

    C’est un agent double qui a essayé de se faire passer pour moi sous le nom de celui qui bloQue. Ne sois pas dupe et continue de te terrer dans les bas fonds, les métros et les caves.

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