À pareil

2010-12-15

Encore un de mes clones.

Cette fois, c’est dans un wagon de métro que j’en croise un. Des cheveux noirs. Il porte des souliers. Lui aussi est assis. Un décompte discret me confirme qu’il possède le même nombre de doigts que moi. Pas de doute, c’est un de mes clones.

J’en rencontre de plus en plus.

Hier, c’était dans la file au guichet automatique. Je l’ai reconnu rapidement. Même couleur de peau, même couleur de manteau, même couleur de montre. Il venait même pour retirer de l’argent, lui aussi.

L’autre jour, au supermarché, j’ai même vu un clone qui s’était déguisé pour que je ne le reconnaisse pas. Son ample costume de grosse madame camouflait toutes les caractéristiques qu’ils m’avaient copiées. Mais je savais que, sous ce quadruple menton engonçant, se cachait une bouche avec mes dents.

Et ils sont rapides en plus. Alors que j’essayais de nouveaux vêtements, j’en ai aperçu un de l’autre côté de la fenêtre de la cabine. Il portait exactement ce que j’étais en train d’essayer. Je n’avais même pas encore arrêté mon choix.

Par contre, ils ne sont pas très minutieux. Plusieurs détails leur échappent. Le clone dans la cabine d’essayage était gaucher. Celui au supermarché parlait avec une voix trop grave. Celui du guichet automatique faisait un retrait de quarante dollars au lieu de quatre-vingts. Les sourcils de celui-ci, dans le métro, suivent la mauvaise courbure.

Tant qu’à me cloner, ils auraient pu faire un effort pour produire une copie parfaite.

Comme moi.


Répulsif moufette

2010-12-08

Depuis plusieurs mois, la recherche la plus populaire menant à mon blogue (après «Maxime DeBleu») est la suivante:

Répulsif moufette

Ce n’est que la semaine dernière que j’ai enfin compris la signification. Quelqu’un d’aussi futé que moi m’envoie un message codé pour partager sa découverte. La moufette est une excellente solution pour les tenir à l’écart.

Curieux de savoir pourquoi, j’ai fait quelques recherches sur cet animal.

 

répulsif moufetteLa moufette est reconnue pour son jet de liquide malodorant, même si elle n’arrose qu’en dernier recours. En passant, ce n’est pas de l’urine, mais une substance sécrétée par des glandes. Substance qui peut gicler jusqu’à cinq mètres en ligne droite, ou vaporiser en cône jusqu’à trois mètres. J’ai aussi trouvé l’explication de l’odeur. Avec le nombre de sacs-poubelles percés que j’ai souvent vus, c’est facile de conclure qu’elle sent mauvais à cause de sa consommation de vidanges.

L’apparence physique de la moufette n’est pas le fruit du hasard. Le pelage noir et blanc devient une forme d’invisibilité aux yeux de certains mutants à vision polarisée. Pensez à cette auteure connue qui a adapté la moufettification à sa coiffure. Elle ne s’est toujours pas fait capturer.

C’est un animal très intelligent et, par conséquent, nocturne. Si elle sortait en plein jour, ils pourraient la voir de bien plus loin et faire appel à des tireurs d’élite pour l’éliminer. La nuit lui permet aussi de s’associer à d’autres animaux qui ne dorment pas, comme les super hiboux laser et les licornes. Il y a donc un lien avec le somnambulisme chez les humains, qui serait une forme inconsciente d’instinct de survie nous poussant à chercher la protection d’une moufette.

Mais plusieurs éléments importants n’ont pu être trouvés au cours de mes recherches. Ils font un excellent contrôle de l’information et ont effacé tout ce qui pouvait les mettre en danger. Voyez-vous, ce qui fait que les moufettes soient un excellent répulsif, c’est qu’elles émettent un champ magnétronique à courte portée. Les ondes de ce champ auraient pour effet de déprogrammer leurs robots et de liquéfier leurs neurones. Vous pensez qu’elles marchent avec la queue redressée, mais c’est en réalité une antenne émettrice poilue. Vous ne pouvez lire ceci nulle part parce qu’ils l’ont effacé, ce qui en prouve la véracité.

Vous comprenez maintenant d’où vient l’interdiction de posséder une moufette et pourquoi les animaleries n’en vendent pas.

Je vous souhaite à tous une moufette clandestine.


Pâté Chinois

2010-12-01

Je porte une attention particulière à mon alimentation. C’est elle qui me fournit l’énergie nécessaire à mes prouesses physiques et mentales. Si je mangeais n’importe quoi, comme du yogourt à la luzerne, je risquerais de tomber en panne en pleine fuite. J’ai développé quelques recettes savantes, dont celle-ci.

Ingrédients

  • 500 g de viande hachée (préférez la viande hachée rouge, la viande verte est moins digeste)
  • Quelques pommes mutantes (celles qui poussent sous la terre)
  • 1 boite d’oeufs de poissons Luniens, en crème (Poisson de la Mer de la Tranquilité, de couleur jaune)
  • 1 oignon (c’est bien, mais deux c’est mieux)

Préparation

Couper l’oignon en petits morceaux. Mais pas trop petits. La taille idéale est de 8mm x 13mm (si vous faites plus gros, rester dans un ratio de Fibonacci)

Faire revenir la viande avec les oignons. Les oignons neutraliseront les micro-organismes robotisés qu’ils auraient mélangés à la viande. De plus, si une haleine d’oignon suffit pour éloigner une gentille demoiselle, les turbos capteurs olfactifs des cybersoldats que vous croiserez exploseront.

Pour la saveur, mettre des épices à steak ou mieux, de la sauce Worchose. Éviter de prononcer le nom de cette sauce, car il s’agit d’une incantation pour transmuter la viande en démon venimeux.

Ouvrir la boite d’oeufs de poisson Luniens, mais la garder dans un endroit sombre. La lumière pourrait les faire éclore. J’ai déjà vu le genre d’explosion dont ces oeufs sont capables. Soyez prudents.

Faire bouillir les pommes mutantes préalablement pelées et coupées en morceau. Pour cette étape, la taille de la coupe n’a aucune importance. Sauf peut-être le temps nécessaire pour une coupe parfaite. Trop de minutie pourrait vous faire mourir de faim.

Quand les pommes mutantes sont molles (texture comparable au bedon d’un bébé dragon), c’est le moment de les retirer du feu et de les égoutter.

Piler les pommes mutantes dans le sens des aiguilles d’une montre. Pour rendre plus crémeux, ajouter du lait. Du lait de vache si de la viande de boeuf est utilisée, pour des raisons de compatibilité. Il ne faudrait pas causer de paradoxe alimentaire. Saupoudrer de sel de céleri, au gout. C’est bon du sel de céleri.

Assemblage

Dans un plat rectangulaire allant au four, étaler le mélange de viande et d’oignon pour former une couche uniforme. Si vous en renversez à côté, du plat, il faut manger le dégât.

Verser ensuite la crème d’oeufs Luniens par-dessus la viande. Étendre avec une grande cuillère pour former une couche uniforme. Ne pas mélanger avec la viande.

Lécher la cuillère.

Étendre la purée sur le dessus avec la même cuillère, en y allant une petite motte à la fois.

Lécher la cuillère.

Faire griller au four quelques minutes. La croute dorée qui se formera agira comme blindage et protègera votre repas d’attaques laser.

Consommation

Ce repas peut être cryogénifié.

Si votre repas est raté, vous pouvez le manger avec du ketchup ou avec des amis.

Ce produit ne contient ni noix ni plutonium.

Surtout, ne jamais mettre de carottes dans la purée. En plus de contrevenir à l’ordre chromatique, ça attire les lapins carnivores. Et c’est dégueulasse.

*Note : Je ne suis pas responsable des accidents causés par une modification de la recette.


Vieille branche

2010-11-24

Ils avaient tué la rue.

Des voitures s’alignaient jusqu’à l’intersection, vides, leurs passagers ayant été pulvérisés.

Le cadavre d’un journal déchiqueté trainait sur le trottoir. Un sac-poubelle éventré, dont les entrailles gluantes avaient roulé sur quelques mètres, agonisait contre une borne-fontaine. Même le chat qui aurait normalement dû traverser la rue à ce moment n’était pas là. Son corps devait être enfoui quelque part sous un arbre.

D’ailleurs, tous les arbres étaient morts. Leurs feuilles gisaient sur la voie. Il ne restait que les squelettes de leurs branches, immobiles dans la brise d’automne, rigor mortis forestier. Aucun n’avait été épargné. Ni les petits, ni les grands. Des familles arbres entières avaient péri ici. Le bras figé d’un papa peuplier tenait encore un bout de sac en plastique qu’il avait agité sans succès en guise de drapeau blanc. Un jeune érable avait tenté de fuir, mais ils l’avaient retenu en l’attachant solidement à un pieu.

Au lieu de m’attaquer directement, ils avaient décidé de m’asphyxier.

J’ai retenu ma respiration. S’il n’y avait plus d’arbres pour produire de l’oxygène de mon quartier, je devais épargner les quelques bouffées restantes. Mais combien de semaines d’air restait-il? Quelques jours seulement? Des heures? Des minutes?

J’ai pris une inspiration. Peut-être ma dernière.

Un peu plus loin, sur la rue, séchait la carcasse aplatie d’un rongeur. Le manque d’air l’avait complètement dessoufflé. Le pauvre. J’ai pris une autre inspiration, pas trop grande. J’ai ouvert mon sac pour le remplir d’air tandis qu’il en restait encore. Et j’en ai mis dans mes poches.

Une tache verte attira mon attention. Un arbre avait survécu. J’ai couru vers lui. Ses branches épineuses envoyaient de l’air neuf dans toutes les directions. Il rayonnait d’oxygène.

J’ai respiré.

Ça sentait bon.

Nous pouvons toujours faire confiance aux sapins. Impossible de nous en passer.

J’ai cassé une petite branche que j’ai apportée jusqu’à la maison. Ce générateur d’oxygène ne me quittera plus.

J’ai une idée. Tous les sapins qui ont survécus devraient être illuminés pour que les zones respirables soient vues de loin.

 

 


Dents de scie

2010-11-17

Je lisais une revue périmée dans la salle d’attente quand l’hygiéniste dentaire se matérialisa à quelques pas de moi. Quand mes yeux se sont posés sur elle, j’ai aussitôt su que je n’aurais jamais dû mettre les pieds dans cette clinique. Le matériel hypnotique caché sous son sarrau ajusté venait de m’ensorceler. Et le potentiel hypnotisant était aussi efficace de face que de dos.

Je l’ai suivie.

Elle commença par essayer de me liquéfier le cerveau. Un turbocanon me bombarda de radioactivité sous différents angles. Heureusement, j’ai le neurone coriace. Après plusieurs essais, elle abandonna et me traina dans une pièce située au bout d’un long corridor. Je suivais toujours comme un zombie automatisé, les yeux soudés à ses morceaux protubérants.

Elle m’installa sur un siège étrange, au centre d’appareils aux fonctions obscures. Le dossier s’inclina et je me suis retrouvé en position semi-couchée. C’est à ce moment que j’ai réalisé que je me trouvais à bord du poste de pilotage d’une navette uranusienne.

Et Commandant Tifriss fit son entrée.

Le grand homme s’avança vers moi d’une démarche autoritaire. Ses cheveux blancs frisés dégageaient une aura d’autorité. Il installa des cartes de navigation spatiale sur un écran lumineux sans dire un mot. Je n’avais aucune idée du système planétaire qu’il consultait, mais j’ai cru reconnaitre l’étoile Molaire. Il couvrit ensuite sa bouche et son nez d’un masque, et se tourna vers moi.

Décollage.

J’agissais comme interface électrodontique pour manoeuvrer son vaisseau. Mon cerveau n’ayant pas été liquéfié comme prévu, Commandant Tifriss devait diriger mes pensées en passant par ma bouche, avec des instruments pointus qui me faisaient grincer des dents. Étant donné que le port d’un masque de mon côté aurait interféré avec les manipulations, la sexy giéniste dentaire prenait en charge ma respiration grâce à un tube introduit dans ma bouche.

Le Commandant gratta une commande galactique à droite et fraisa une instruction intersidérale à gauche. Toutes ces manipulations buccales s’avéraient très éprouvantes pour ma dentition, qui commençait d’ailleurs à fondre. Je sentais un peu de jus de dents couler du coin de ma bouche. Cela semblait occasionner quelques problèmes à la conduite de l’appareil, et j’entendis le Commandant me lancer une requête incisive à travers son masque : « Sois dans Terre… »

Oh. J’étais à bord d’un ovni kamikaze explosif dont la mission consistait à s’écraser sur la Terre pour la détruire.

Mais je ne voulais pas jouer un rôle dans l’extermination de l’humanité, moi.

Les yeux fermés, je me suis donc mis à imaginer des atterrissages parfaits. Des avions qui se posent en douceur. Un moineau sur la branche d’un buisson. Un pétale de rose au vent qui touche la surface d’un étang. Une goutte de sirop d’érable qui caresse le dos d’une crêpe. Des lèvres qui effleurent la crème fouettée d’un chocolat chaud. Ma langue sur une cuillerée de caramel. Mioum. C’est bon du sucré.

Commandant Tifriss retira ses pseudos manches à balai de ma bouche. J’ouvris les yeux et aperçus son visage sérieux. L’hygiéniste remonta le dossier du siège de pilotage. Les deux enlevèrent leurs masques. L’écrasement n’avait pas eu lieu.

J’avais sauvé la Terre. Quelle joie. Je ne pouvais m’empêcher de sourire.

Un sourire qui avait rarement été aussi beau.


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